La Liasse.

L’archive des billets de l’Improvisiblog.

Proxémie et statut des personnages.

Posté par Benjamin le 22 novembre 2009

On parle de distance proxémique quand on veut désigner la distance séparant 2 individus interagissant. Cette distance varie en fonction de l’interaction et de la relation entre les 2 individus. On peut ainsi définir des zones proxémiques, des bulles, imbriquées les unes dans les autres, dans lesquelles un certains nombres d’interactions sont possibles et pas d’autres. Savoir utiliser les zones les plus proches des comédien-nes peuvent être très utiles au jeu théâtral et à la mise en scène.

  • 1 La distance intime : 15-50 cm.

Distance confidentielle et d’échanges personnels poussés, rapport amoureux ou encore d’agressivité. Le contact physique est à tout moment possible.
>Amoureux-ses, ami-e-s très proches, conspirateurs-trices, ennemi-e-s intimes.

  • 2 La distance personnelle : 50cm-1m20.

Distance de discussion entre amis, serrage de main, bavardage sur des sujets neutres
>Professeur particulier-e, amis, famille.

  • 3 La distance sociale : 1m20-2m40.

Distance administrative, souvent garantie par un guichet…
Limite du territoire social.
>Formateurs-trices, Vendeur, Agent de banque, postes,… médecin, thérapeutes…

  • 4 La distance publique rapprochée : jusqu’à 8m.

Distance de transmission, qui unie mais sans lier.
L’interlocuteur est surtout passif.
>Professeur-es, démonstrateurs-trices, guides touristiques,

  • 5 La distance publique lointaine : Au-delà de 8m.

Distance d’oration, de spectacles, discours. Gestes stéréotypés.
L’interlocuteur est un récepteur simple.
>Conférencier-e-s,  précheurs-cheuses, comédien-nes, politiques,

Au fur et à mesure que la distance s’étend, la communication devient moins personnelle, l’information plus formelle et le non-verbal est de moins en moins accessible. Le glissement entre prof particulier, formateur, professeur, conférencier peut aussi vous permettre de percevoir l’évolution des personnalités suivant la distance d’interaction. La fonction générale ( » Transmission de savoirs « ) est la même mais la distance en modifie l’effection et du coup le  détail possible  ( » Savoirs êtres/Savoirs faires/Savoirs. « ) Difficile de transmettre un savoir faire à distance d’oration !

Et donc, lorsque vous établissez une relation entre 2 personnages, il faut tenir compte de cela en fonction de la relation que vous voulez établir.  Mais souvent, ça, ça se fait tout seul, dès lors que les personnages sont suffisamment bien campés. Car vous le faites déjà naturellement hors de scène.

Par contre, il y a un  » ressort de mise en scène  » chaque fois que les distance proxémiques sont à contre emploi.
Par exemple, lorsque dans une tirade entre 2 amoureux, les 2 personnages  restent à distance sociales ou si même leurs bulles sociales ne se touchent pas car ils sont à 45° l’un de l’autre.
Ou un personnage qui resterait en permanence à distance d’intimité sans être dans l’agressivité ou la confidence.
Ou encore, un personnage qui se comporterait en orateur face à une petite table de convives. Mais aussi, dans les cas de huis clos exigus où il peut être impossible de jouer sur ces distances bien que les rapports entre les personnages changent (Ascenseur, Placard, Voitures, …)
Etc, etc…

A noter que ces distances sont celle de l’inconscient collectif de  » l’occident industrialisé.  » En amérique latine ou dans les pays arabes, ces distances sont réduites. Et une discussion entre un américain et un arabe peut donner lieu à un joli tango !
Mais cette différence peut aussi  expliquer des différences de conceptions artistiques au niveau du conte, du chant, etc…

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 » Hallucinose positive « …?

Posté par Benjamin le 15 novembre 2009

Il y a fort longtemps, bien avant même que je sois prof de bio, j’ai découvert dans l’Ultime secret de Bernard Werber, un phénomène qui m’a intéressé, phénomène que j’ai retrouvé ensuite lors de mon parcours de thérapeute : La sublimation.
Se sublimer, c’est produire quelque chose de socialement acceptable et valorisé en utilisant une pulsion dont l’expression directe pourrait ne pas l’être. En simplifiant au maximum, on fait du positif avec du négatif. Dans le livre de Werber, un asile s’est spécialisé là dedans et permet, entre autres, aux paranoïaques de concevoir des systèmes de sécurité…
Une autre idée que je tiens de Bernard Werber, c’est que nous sommes tous-tes un peu zins-zins à notre manière mais qu’on ne taxe de fou que ceux qui dépassent les limites du socialement acceptable…

Ce qui nous ramène au sujet de ce blog  ( » Ah bon ? « )

Que se passe-t-il lorsque, sur scène, je cueille une pomme…Que dois-je faire pour le faire bien ? La plupart des prof dirons  » Ils faut la voir ! C’est autre chose que du vide qu’il y a dans ta main, c’est une pomme. Sens sa forme, son poids… Quelle est sa couleur ?  » Et ça, c’est de la suggestion hypnotique ou je ne m’y connais pas… Et quand on sait que lorsque qu’on joue, on est dans un état modifié de conscience, on se dit que faire ce que l’on fait sur scène, ça correspond à de l’hallucinose. Une hallu mais avec le sens critique. Vous êtes capable, en tant que comédien-ne, de dire que ce que vous utilisez sur scène n’est pas dans la réalité objective mais seulement dans la réalité subjective de votre personnage et la votre. Si vous n’êtes pas capables de d’avoir un sens critique face à votre expérience alors c’est de l’hallucination.
Hallu positive : Je rajoute des choses qui ne sont pas objectivement présentes (décors, sons, personnages …).
Hallu négative : J’enlève des choses qui sont objectivement présentes (Le bruit que fait public…)

Donc, de quelqu’un qui aurait des prédispositions pour le théâtre, on pourrait imaginer qu’il aurait des talents pour halluciner (Une once de psychose.), pour prendre un profil de personnalité différent du sien initial (Quelques grammes de trouble dissociatif de la personnalité.), et tout ça en sachant capter l’attention, souvent grâce à son corps (Et un grand verre d’histrionisme. Y’en a un peu plus, je vous le mets quand même ?)

A part ça, rassurez-vous, je vais bien. Et vous ?

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Coopération et compétition.

Posté par Benjamin le 8 novembre 2009

La popularité de l’impro au cours des 30 dernières années s’est construite grâce à des formes de spectacles telles que TheatreSport, ComedySportz, Match d’impro. Or ces formats ont quelque chose qui présente, à mon sens, une grosse difficulté : Ils sont extérieurement compétitifs.

Selon François Paul-Cavallier, dans un jeu compétitif :

  • Les règles sont immuables, elles doivent être respectées scrupuleusement.
  • L’adversaire est un autre joueur.
  • Les joueurs s’opposent.
  • Le perdant est vaincu. Et les joueurs éliminés s’ennuient.
  • Il y a absence de communication entre adversaires et donc, méfiance.
  • Les maîtres mots sont rivalité et concurrence.

Voilà bien des caractéristiques de ce que l’on vend quand on prononce le mot  » Match  » et dans une autre mesure  » Sport « . C’est ce que s’attend à voir le public et ce que les comédiens doivent s’efforcer de jouer. Mais c’est bien un jeu théatral. C’est un décorum, du carton pâte. C’est du spectacle et ça n’a rien à voir avec ce qui en constitue la fibre de cœur.

Car l’impro en elle-même répond aux critères d’un jeu  coopératif :

  • Une fois le cadre donné, les moyens de gagner doivent être inventés, dans la créativité individuelle et de groupe.
  •  » L’adversaire  » est un élément extérieur au groupe (Objectif : Faire une bonne impro. On se démène pour la Qualité.)
  • Le but est commun et le résultat ( » gain  » ou  » perte « ) est partagé.
  • Le jeu prend fin pour tout le monde en même temps.
  • Il y a une communication intense entre joueurs-euses et une confiance partagée.
  • Les maîtres mots sont entraide et association. 1+1 =3

Là où il y a un problème c’est quand le décorum vient contaminer l’impro. C’est souvent le cas chez les joueurs-euses débutant-es (mais pas seulement…). On s’en rend compte lorsqu’il-les utilisent des expressions comme  » On va jouer contre… » ou qu’il-les sont réellement déçu-es  hors scène  » d’avoir perdu  » ou le contraire.
Une impro en mode compétitif, ça donne du racolage, des rudesses, des cabotinages, des marquages à la culotte, du  » Non  » ou du  » Oui mais « , et j’en passe. Bref, beurk, beurk, beurk… ça se sent tout particulièrement en Match d’impro, car s’il est bien un endroit où l’opposition et méfiance  peuvent faire des ravages, c’est bien en mixte…
D’où l’indispensable travail de l’échauffement avant un match quand ce concept de coopération n’est pas intégré par tous-tes les participant-es. Car, pour avoir été dans les 2 cas plus d’un fois, une équipe en mode coopératif rencontrant une équipe en mode compétitif, ça donne souvent le même résultat. La coopérative se fait bouffer par l’autre et tire amertume et rancune du sentiment d’avoir été utilisée-jetée…
Je trouve que cette différence d’approche est relativement difficile à gérer.
L’échauffement permet au minimum de comprendre sur quelle longueur d’onde se mettre pour éviter les pots cassés et, idéalement, de construire une confiance et une bienveillance qui exclura l’envie de tirer la couverture à soi. Et dans le doute, j’ai toujours considéré qu’il y en avait besoin. Mais il se trouve que les équipes qui vont rentrer en compétition sont aussi celles qui – est-ce étonnant ? -  sont les moins enclines à faire un échauffement correct…

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Les métaprogrammes : Pour construire un personnage et pour mieux communiquer.

Posté par Benjamin le 1 novembre 2009

Les métaprogrammes, se sont les fonctions (au sens mathématique du mot) qui, en coulisse, hiérachisent, organisent nos pensées et sous-tendent nos comportements. Le mot est construit de  » méta  » qui signifie la position de recul et de  » programme « , qu’on peut prendre dans le sens de programme informatique. Ce sont donc les programmes qui fonctionnent en background et qui vont structurer la manière dont on appréhende la réalité.

Le métaprogramme le plus connu du grand public est sans doute celui dit du Canal Principal.
Ne vous a-t-on jamais classé comme étant une personne visuelle ou auditive ? N’avez-vous jamais dit  » Moi, je suis très visuelle, j’ai besoin que ce soit marqué quelquepart ! « 
C’est ça le canal principal, le mode sur lequel vous percevez préférentiellement le monde extérieur. Il n’y a pas que Visuel, Auditif, mais aussi Kinesthésique (toucher, sensation), Olfactif-Gustatif et d’autres encore. Autant que vous avez de Sens. Ceci pour comprendre ce qu’est qu’un métaprogramme car, le Canal principal, c’est pas forcément le plus facile à utiliser en impro à mon avis…

Je vais faire un peu à l’envers mais je pense que, in fine, ça sera plus efficace.
D’abord je vais vous dire comment vous en servir en impro et ensuite vous donner les plus utilisables que je connaisse.

Ça s’utilise comme n’importe quelle base de personnage.
Voilà ! : )
C’est un peu  comme partir d’une émotion ou d’une action.
Il suffit de l’endosser et de le jouer.
Comme quand on construit un personnage à partir d’une qualité ou d’un défaut.
(D’ailleurs, suivant le contexte social, certains des métaprogrammes peuvent être considérés comme tels.)
On commence avec cet aspect de la personnalité du personnage puis on tire le fil jusqu’à construire un personnage plus complexe.
Ceci étant dit voici quelques métaprogrammes utiles.

Concernant la manière de percevoir des informations/le Monde :

  • Global (Considérer les choses dans leur ensemble. Faire les choses en gros.) / Spécifique ( S’attacher aux moindres détails. Faire dans le perfectionnisme.)
  • Tri sur soi (S’intéresser à soi d’abord) / Tri sur l’autre. (S’intéresser aux autres.)

Concernant la manière de classer et évaluer les informations :

  • Crible de rassemblement Identique (Cherche à associer par identicité et donc cherche les ressemblances des choses.) /  Crible de rassemblement  Différent (Cherche à séparer en différenciant et donc cherche les qualités propres et les distinctions.) Les 2 reviennent à faire des groupes mais de 2 manières différentes…
  • Positif (Optimiste)/Négatif (Pessimiste)
  • Référence au temps : Passé (Avoir une période historique idéale (ex : être fan des années 70 pour tout.),  » c’était mieux avant « , faire souvent référence à ses souvenirs.) / Présent ( Profiter de l’instant, reproduire les même erreurs, ne pas anticiper, ne pas voir plus loin que le bout de son nez , être pleinement conscient de ce qui se passe autour.) / Futur (Aller de l’avant, penser que tout est encore possible, s’intéresser à la pointe des technologies de pointe, considérer le passé comme ringard.)

Concernant les motivations et actions :

  • Formes de pensée : les mots utilisés par la personne pour justifier ses actes :

Je dois/Je devrais/Il faut/Je veux/Je peux/J’ai besoin/ J’aimerais/ Je décide/ Je vais
Imaginez un personnage qui motive chacune de ses actions avec une telle expression, vous verrez que ce personnage aura un type de caractère bien particulier.

  • Motivation : Etre/Avoir/Faire.

Particulièrement utile lorsqu’on recherche le  » Pourquoi   » d’une situation qu’on a créé. In fine, la motivation se résume selon un de ces trois axes : Etre (beau ? aimé ? riche ?… ?), Avoir ( du succès ? un chat ? un sentiment de sécurité ? … ?), Faire (une surprise ? de son mieux ? un gâteau ?… ?).

  • Recherche/ Evitement : Le personnage veut-il aller vers quelque chose ou en fuir une autre ? (Parfois ce sont les deux…Fuir la marâtre et aller chercher à manger.)
  • Référence interne (Le personnage décide en fonction de son propre avis, forte confiance, tétu…)/ Référence externe (L’avis des autres compte beaucoup, à l’écoute, influençable…)
  • Proactif (Cré l’évènement et l’action.)/Actif (Réagit à l’action)/ Passif (Spectateur de l’action et du reste).
  • Affiliation : Social (fait partie d’un groupe d’humain.) / Asocial (Un brin ermite.)
  • Procédurier (Doit suivre un recette, un mode d’emploi, un mode opératoire très précis, étape par étape.) / Créatif (Essaye, invente sa manière de faire.)

Les métaprogrammes sont souvent polaires, binaires, très tranchés. Dans la vie, c’est en fait très nuancé, on peut être sur un mode dans une situation et sur l’opposé dans une autre. Mais pour l’impro, bien souvent, on ne va pas faire dans la nuance, ce qui permettra de donner des personnages francs et résolus.

Dans le fond, ça n’apporte pas une grande nouveauté dans le mode de création de personnage. Les métaprogrammes, ce sont quelques nouvelles entrées et des manières plus efficaces de nommer certaines déjà connues…
Rien de plus, à mes yeux, mais c’est déjà ça. :)

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De la possibilité de se réfugier dans l’action quand on veut écouter…

Posté par Benjamin le 25 octobre 2009

Parcourant les anciens billets du blog de Christophe Tournier, je suis tombé sur celui du 25 janvier dernier. Partant d’un certains nombre de résultats d’une expérience concernant la vigilance au volant, il se demande si la pratique de l’impro n’aurait pas pu aider les cobayes et améliorer leurs résultats.  Le billet est ici. L’article concernant l’expérience est accessible à partir du billet.

Il y a un des résultats de l’expé en question, qui m’intéresse particulièrement.

[Pour ceu-lles que l'anglais rebute, l'expérience consiste à mesurer le temps de réaction de conducteurs alors qu'il sont soumis à des éléments extérieurs que l'on imagine perturbateurs afin de conclure effectivement de manière plus rigoureuse sur cet effet. On s'est centré sur une conversation téléphonique. Et, avec ou sans kit mains-libre, elle réduit significativement le temps de réaction des conducteurs et ce d'autant plus que la conversation est élaborée et demande de réflexion. On a aussi voulu voir s'il en était de même avec une écoute attentive seule. Dans ce cas, il s'agissait d'un enregistrement du premier chapitre de Dracula de Bram Stoker sur lequel on posait ensuite des questions. C'est le résultat de cette série d'expériences qui m'intéresse.]

L’écoute attentive ne distrait pas de l’action et inversement semble-t-il. Dès lors que l’action est automatisée, intégrée au niveau inconscient, il est donc tout à fait possible de faire et d’écouter en même temps.
Voilà, enfin une preuve à donner aux personnes qui s’arrêtent de mimer leur action sous prétexte qu’il se passe quelque chose de nouveau sur scène. Oui ! Ils peuvent le faire ! Ils peuvent agir ET écouter ! Gloria ! Bon, on le savait déjà mais maintenant, c’est officielle.

Mais aussi, voilà qui confirme qu’on peut sensément se réfugier dans l’action silencieuse quand on veut écouter ce qui se passe ailleurs sur scène. Une action simple, éventuellement répétitive. Qui demande le minimum d’investissement de mémoire de travail, pour avoir l’air d’être absorbé dedans en l’étant suffisamment peu pour pouvoir être ailleurs.
Extérieurement, l’action devient la justification du silence.
Intérieurement, l’action est justifiée par l’écoute, de soi-même et des autres.
Et,en plus, ça peut réduire considérablement l’éventuelle confusion régnant sur scène…

(En complément, cet article peut aussi vous intéresser : La méta-pensée ou Le process des idées. )

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Gestion de l’erreur et non compétitivité.

Posté par Benjamin le 5 juillet 2009

Erreur n’est pas faute, tous les inspecteurs de l’Education Nationale et autres didacticiens vous le diront…L’erreur est inévitable dans les apprentissages. En entraînement, elle est particulièrement bénéfique en cela qu’elle permet de réduire les chances qu’elle se reproduise en situation de spectacle.
Mais faire ces constats, n’aide pas vraiment à trouver des solutions pour arriver à la gérer…

Que faire face à quelqu’un qui loupe un exo ?
Dans un contexte de formation où la coopération doit être mise en avant, dans un esprit d’équipe et de plaisir de pratiquer, que faire ?
Comment faire en sorte que l’erreur soit prise en compte sans pour autant instaurer une compétition qui nuirait au groupe ?

Ces derniers mois, j’ai découvert différentes consigne-réactions face à l’erreur dans le cas des exercices en groupe type  » Mot lancé « , en groupe, formant un cercle.

  • La manière qui revient (trop) souvent, c’est  » Tu rates, Tu sors du cercle. »

»>La personne qui aurait le plus besoin de l’exo est la première à s’en retrouver privée et se retrouve mise à l’écart.  Issu du modèle de pédagogie transmissive, ça me parait le top de la compétition…. Faire une erreur est une faute qui entraîne une punition. Vous aurez compris que, même si c’est la première que j’ai découverte, elle ne me convient pas du tout.

  • Avoir, dès le départ, 2 (ou plus) cercles d’exercice qui ont, soit les mêmes consignes, soit des consignes différentes. Passage dans le cercle d’à côté quand on trébuche.

»>Il y a encore exclusion du groupe mais, au moins, dans l’exclusion, l’exercice continue.
En cas d’exercices différents dans les 2 cercles, il faut faire attention alors à avoir des difficultés similaires, sinon un cercle va se vider… Sinon, à vous de trouver 2 consignes sur un même type d’exercice, un cercle étant considéré comme le groupe avancé, et l’autre celui où on se prépare pour être dans l’avancé.
Par exemple faire 3 cercles : 2 Simples, 1 avec un mot lancé en association d’idée et 1 avec un mot lancé en rime. Et 1 Complexe alliant les 2 autres consignes : Mot lancé associé-rimé en même temps ou encore, chacun devant donner 2 mot d’affilé, un associé à celui du joueur précédent puis un rimé avec celui qu’on vient soit même de donner. Redescente dans un des 2 autres cercles en fonction de ce sur quoi on trébuche. On commence à entrer dans la pédagogie différenciée, non?  Ah, oui, ne pas craindre les cercles de 2 ou de 3 personnes seulement, ça fait bosser plus.

  • En cas de non réponse ou de bourde manifeste, le suivant prend le relais naturellement. On insiste sur l’idée que tout continue normalement, inutile de se flageller.

»>Quelqu’un qui a besoin de l’exercice peut se retrouver à passer son tour systématiquement. Mais cela met au centre l’idée que personne n’est infaillible et que la réussite est une réussite de groupe, qu’on peut compter sur les autres. Part du principe que  » marquer le coup  » ne sert à rien et que ce qui compte c’est que le spectacle continue. Contribue particulièrement à faire diminuer la pression  que le-la participant-e se met…
Etonnant de se rendre compte à quel point il est difficile pour certain-e de ne pas montrer de signe d’affliction après une erreur…Question d’éducation ?
NB : Mode de gestion plus facile à mettre en place lorsque l’exercice suit un rythme (dans le cas du mot lancé précisément ou dans d’autres exercices basés sur le fait de compter.)

  • Le-la meneur-neuse désigne, à sa seule et très pointilleuse appréciation, la personne qu’il-le considère comme ne répondant pas adéquatement à la consigne et lui dis   » Tu cours !  » Cette personne fait alors le tour du cercle en courant puis revient à sa place. L’exercice se poursuit pendant ce temps.

»>Mise à l’écart mais retour très rapide dans l’exo. Sanction qui a un poids (c’est casse-pied de tourner en rond, surtout à répétition !!!) relatif mais qui a son utilité technique (ça échauffe de courir.) Et puis, c’est aussi un jeu autour de la faillibilité du formateur car on peut être condamné-e à courir même si l’erreur est discutable. Cela permet aussi de percevoir que l’erreur est toujours discutable…Car en impro, les  » règles  » n’existent que pour qu’on puisse ensuite s’en défaire pour s’adapter à la situation… Et puis, le formateur peut aussi se faire éjecter temporairement lorsqu’il se trompe dans l’exercice, n’est ce pas merveilleux ?

La variante de Keith Johnstone et Patti Stiles, rapportée par Bulle Carrée sur Le Caucus, me parait le degré du dessus puisque le-la meneur-euse ne dis pas  » Tu cours  » mais  » Meurs !  » et  » le-la mort-e  » prend la place du meneur dans le rôle du  » tueur « . ça me parait un cran au dessus dans l’aspect violent que peut avoir le relevé de l’erreur. Je ne suis pas sûr que ça soit utile. L’effet «   A la fin, un joueur qui se trompe en vient à crier  » Meurs!  » en même temps que le groupe ou même avant.  » se retrouve tout à fait avec  » Tu cours !  » Et ça se passe tout autant dans la bonne humeur.

Je ne pense pas qu’il faille adopter un mode de gestion et le conserver coûte que coûte mais plutôt alterner entre ceux qui collent à votre propre style. Il y en a d’ailleurs sans doute d’autres, que je serai très curieux de découvrir (Mon mail est ouvert !). Alliés à la pratique du feedback en sandwich, ce sont pour moi des moyens de former en minimisant la frustration et en maximisant la bonne humeur.
Car je retiens que, quel que soit le mode de gestion utilisé, la bonne humeur est essentielle !!!
Let’s amuse !

Biblio et bases théoriques:
¤Bulle Carrée sur le Blog  Le Caucus : Le plaisir de se planter
¤Article Erreur de Wikipedia.
¤Astolfi,  » Chercheurs et enseignants: Repères pour enseigner aujourd’hui.  » INRP, 1999
¤Paul-Cavallier, » Jeux de coopération pour le formateur « , Eyrolles, Ed d’Organisation 2008.

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Le décrochage…

Posté par Benjamin le 21 juin 2009

Il y a peu, le décrochage me paraissait propre au théâtre d’impro mais maintenant, j’aurais tendance à élargir à toutes les situations dans lesquelles on endosse un personnage tout en gérant la situation d’une manière spontanée. Mes plus mémorables décrochages ont, sans doute, eu lieu lors de ma courte carrière de prof de bio, en fait… Et les décrochages des journalistes font les choux gras des bêtisiers. Quant à ceux des médecins, ils peuvent s’avérer très gênants pour eux…Donc dans le fond, il n’y a pas que les comédien-nes conventionnel-les qui peuvent décrocher.
Décrocher, c’est porter sur son personnage ou sur la situation le regard qu’on aurait soi-même. En fait, ça ressemble fort à une dissociation. L’espace d’un instant, au lieu d’avoir en tête les préoccupations et les réactions du personnage, on se transporte à l’extérieur de tout ça et on y jette un œil différent. Et boum : Recadrage !
Et on rigole. 
Alors des solutions, il n’y en a pas 36 : Se remettre dedans. Comme quand on émerge après un moment de relaxation. Se recentrer sur son corps et sur les évènements extérieurs. D’ailleurs, n’utilise-t-on pas, parfois le terme de décentrage/décentralisation pour parler de la dissociation?
Dans mon cas, je me centre sur mon visage/masque et tache de le figer. Je ferme ma bouche, je colle la langue au palais et je fais tout ce que je peux pour ré-imaginer le décor autour de moi

Le mieux c’est sans doute encore d’éviter d’être en passe de décrocher et donc éviter de se retrouver en situation de vivre ce recadrage par rapport à soi-même.
En clair, je pense qu’il y a un travail nécessaire d’indignité à faire. Travailler, volontairement ou non, sur l’image qu’on a de soi-même. Se rendre compte qu’on est capable de  » faire une chose pareille ! « . ça touche au développement personnel et c’est peut-être le truc le plus facile…

Ensuite, il y a à saisir, voir, entendre le fait que, l’agissant dans l’histoire c’est le personnage et pas le-la comédien-ne. Qu’on se glisse dans un costume et qu’il peut faire beaucoup de choses sans que ça porte atteinte à cel-lui qui est en dessous. Avez-vous remarqué comme les gens changent d’un coup de comportement quand ils mettent puis enlève un nez de clown ? Comme si le nez renfermait un pouvoir magique qui transforme celui qui le met…Le nez, c’est…euh…super personniphore (Oui…Comme je suis inculte, j’invente des mots quand je connais pas celui qui veut dire ce que je veut dire.). ça amène un personnage tout autour du-de la comédien-ne et ça l’habille. Mais sans aller chercher dans les nez de clown, dans la vie de tout les jours,  » Elegance is an attitude  » mais c’est étrangement plus facile d’avoir une attitude élégante quand on est en smoking ou en robe de soirée…
Et bien, il faudrait arriver à ça, mais sans le nez de clown ou la robe de soirée.

Et pourtant…Arrivé à ce point…Je me dis…Pourquoi  » il faudrait  » ? Pourquoi vouloir éradiquer les décrochages ?
OK, quelqu’un qui pouffe au point de sortir de scène, ça peut être génant. Mais si ça ne nuit pas au plaisir qu’on a à regarder la scène, quel mal y a-t-il à rire… ?
Quand je dis ça, je pense aux pro Genevois-es. Parce que, je suis persuadé de leurs compétences et de leur maîtrise et pourtant  la mythique Despriet ne le serait pas tant sans ses légendaires décrochages ! So what…?
Vouloir à tout prix éviter le décrochage, c’est sans doute passer à côté de quelque chose…
Serait-ce une question d’amusement..?
L’amusement, un des 10 piliers de l’impro définis par Christophe Tournier. Le fait de ne pas se prendre trop au sérieux (quand je parlais de travailler son indignité…) ou pour le moins de ne pas confondre sérieux et gravité.
C’est sans doute cela.
La légèreté qui transparaît, une légèreté de surface mais réelle, révélant l’humain amusé sous le vernis de la technicité, c’est à la fois très rassurant et très attachant. Et ces comédien-ne-s, je ne leur en veut pas. Au contraire, je me sens proche d’eux-lles car, bien qu’il-le-s soient d’un très haut niveau, il-le-s me paraissent accessibles.  » Si les acteurs s’amusent, alors le public adore  » dit le même monsieur Tournier.
Alors finalement…décrocher…c’est peut-être aussi très professionnel…

Biblio et pistes de réflexion:

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La rupture, vue par la PNL et les violations du méta-modèles

Posté par Benjamin le 14 juin 2009

Il y a bientôt 2 mois maintenant, j’ai recommencé à prendre des cours d’impro. Je me suis inscrit aux cours de LesArts. C’est ce que j’avais en projet en reprenant l’impro en septembre, hélas tous les cours qu’ils proposaient étaient complets… Ce qui,  de péripéties en péripéties à abouti à mon adhésion à l’équipe de Cluses, aux cours que je dispense ça et là et, in fine, à ce site internet. Comme quoi, un refus peut aussi être un moteur. Mais ce n’est pas l’objet de mon post du jour…
Je suis inscrit à un cours débutant. (Ce que je trouve tout à fait intéressant à plus d’un titre et je conseillerai volontiers d’en faire autant à quelques improvisateur-trices expérimenté-e-s… ). Et il se trouve qu’il y a quelques temps, nous avons travaillé la rupture.
La rupture, comme son nom l’indique est une cassure au cours de l’histoire, un tournant, en forme de point de crise, qui va occasionner un développement. Développement qui suscitera l’intérêt du public. La rupture est en quelque sorte un virage dans l’histoire, au même titre qu’un piton qu’on fixe en escalade après avoir fait un bout de chemin et qui permet de continuer encore un peu.

Lors de ce cours, 2 modes de ruptures ont été présentés et travaillés.

  • La maximisation : Prendre n’importe quel événement insignifiant de l’impro et lui en donner un au cours d’une réaction physique ou émotionnelle extrême.

Ex : Elle arrive avec un sac à main. Il est pris d’une peur terrible face à cet objet inconnu.

  • La minimisation : Rester sans réaction notable face à un fait qui pourrait être communément considéré comme sidérant.

Ex : Elle arrive avec un sac à main en crocodile, avec pattes, dents et agressivité et lui, le décale gentiment pour éviter d’être mordu comme c’est arrivé la semaine dernière avec son manteau en tigre.

Les terme minimisation et maximisation n’ont pas tilté tout de suite dans mon esprit mais ce sont 2 des erreurs logiques (aussi connues sous le nom de violations du méta-modèle, pour les puristes…) qu’on trouve, en PNL, à l’origine des liens erronés aboutissant à la mise en place de croyances limitantes.
Or, une erreur logique, voilà qui crée une rupture dans le cours attendu d’une histoire…

En voici donc d’autres, avec ce que cela pourrait donner en impro…

  • La surgénéralistation : Faire une généralisation qui teinte un ensemble d’évènement.

Ex : Elle arrive avec un sac à main. Et comme c’est la seule femme qu’il connaît, il en déduit que toutes les femmes portent un sac à main. (Ce qui ne porte pas un sac à main n’est donc pas une femme.)

  • L’inférence arbitraire : Trouver une cause cachée et hasardeuse à un évènement.

Ex : Elle arrive avec un sac à main. Il pense que pour se conduire ainsi elle a dû développer une grave dépendance vis-à-vis des sacs à main.
Ou, pour reprendre la croyance née du cas présenté pour la surgénéralisation, si, plus tard, elles arrive sans son sac à main, il en déduit qu’elle a changé de sexe.

  • L’abstraction sélective : Retenir seulement les faits qui nous  » conviennent « .

Ex : Elle arrive avec un sac à main, particulièrement élégante. Il retient que les chaussures et le sac à main ne sont pas coordonnés et lui fait remarquer qu’elle ne fait guère de progrès dans sa tenue.

  • Le raisonnement en tout ou rien : Considérer que les intermédiaires n’existent pas et que la situation est binaire.

Ex : Elle arrive avec un sac à main, particulièrement élégante. Il note que les chaussures et le sac à main ne sont pas coordonnés et en déduit que c’est une souillon désargentée sans éducation.

  • La personnalisation : Prendre tout pour soi.

Ex : Elle arrive avec un sac à main. Il le trouve beau et  prend ça comme un  silencieux  commentaire désobligeant concernant son propre sac.

Les erreurs logiques sont des mécanismes mis en route dès le plus jeune age pour donner un sens au monde qui nous entoure. Donner du sens en rapprochant des évènements sans lien préalables, ça se rapproche de la Construction, non ?
En effet, ces erreurs logiques vont créer des contraintes et donc des situations auxquelles il va falloir trouve des solutions. Si on était en thérapie, on tacherait de remonter à l’erreur logique pour la dénouer et ainsi supprimer la contrainte. Mais comme on est en impro, on se garde bien de le faire !  » Contraintes amenant une recherche de solution(s) « , ça correspond assez la définition d’un moteur. Et rétablir la logique, ça ressemblerait alors à un refus…

Un bon gros moteur me semble néanmoins constitué de plusieurs erreur logiques d’affilés.
Ex : Elle arrive avec un sac à main, particulièrement élégante. Il voit qu’aujourd’hui, elle a mis son tailleur vert (abstraction sélective), comme le jour de leur rencontre, elle a donc sans doute rencontré un nouvel amant (inférence arbitraire.). C’est donc que lui ne sait plus la satisfaire (personnalisation.) ‘ Sans autre raison que ce tailleur vert, il va tout faire pour lui plaire en cherchant à démasquer un amant potentiel. Bienvenue dans une bonne base de vaudeville…

Bon, c’est bien beau tout ça mais comment faire pour s’entraîner à utiliser tout ça… ?
Et bien ça passe par la mise en situation…

A) Par groupe de 2, sur le mode du conte à 2 voix, une personne fait un début d’histoire, le plus descriptif possible et s’arrête après 2-3 phrases maximum. L’autre personne fait la suite en introduisant une rupture selon un mode préalablement choisi.

B) Même exercice mais en impro préparée à 2.
Imposer un type de rupture que tous les groupes devront introduire dans leur impro. Faire réfléchir tout le groupe en même temps pendant 1 à 2 minutes puis faire passez tous les binômes les uns après les autres. Dans la préparation, déterminer les perso, leur relation, le lieu et le point de rupture. La durée n’est pas imposée mais laisser le temps d’installer la scène, la rupture et l’avancée dans l’histoire que la rupture doit induire.

C) En guise de prolongation, vous pouvez faire travailler à 3. 1 personne est mise à l’écart. Les 2 autres préparent une impro comme précédemment puis déterminent le type de rupture qu’elles choisissent et comment elle prendra forme. La n°1 revient, les 2 autres la préviennent des perso, leur relation et du lieu mais c’est tout. L’impro se joue et la personne 1 a pour consigne de seulement jouer et intégrer ce qui est fait.

Un autre intérêt à la chose…
Là où je trouve un intérêt tout particulier à ces liens entre moteur et erreur logique, c’est que ça donne une explication au rire du public…
En thérapie, le rire est un effet du changement d’angle de vue par introduction d’éléments nouveaux, montrant que le cadre de référence peut être interprété différemment.
En quelques sorte  » Pendant que notre schéma de croyances se réorganise : Rions ! ça passera mieux ! « 
ça tient assez bien la comparaison avec ce qu’il se passe sur scène. Un ensemble cohérent de règles régissant l’univers joué est progressivement mis en place et à chacun des évènements  dénotant d’une règle, il y a rire car ces règles diffèrent de celles communément admises. Et plus tard, si on déroge à ces  » nouvelles  » règles en se rapprochant de celles communément admises, il y aura aussi rire car les personnages n’auront, eux, pas la réaction que le public attend. Pour le public, la situation se rapproche de la normale alors que pour les personnages elle sort des règles premières…
Donc, une piste pour être drôle, c’est d’outrepasser les règles habituelles en en posant d’autres, à outrepasser en leur temps.
So…Break the rules !

Biblio et bases théoriques:

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La méta-pensée ou Le process des idées.

Posté par Benjamin le 7 juin 2009

Certains de mes élèves m’ont demandé  » Comment on fait pour dire un truc qui va bien.. ? « 
Je leur ai répondu en leur disant que toute idée  » va bien  » dès lors qu’on la justifie.
Ce qui est vrai mais, j’ai le sentiment d’avoir un peu botté en touche parce que, moi effectivement, je suis passé par des moments où je ne faisais plus comme ça…Et d’ailleurs, est-ce vraiment comme ça que je fais maintenant… ?

Et du coup, je me penche un peu sur le chemin qu’à pris ma manière de penser depuis que j’ai commencé l’impro.

Aux enfants, on apprend qu’il faut tourner 7 fois la langue dans sa bouche avant de parler et qu’il faut dire des choses qui ont un sens.
Je n’ai pas fait exception. Sauf qu’on m’avait aussi dit que, dans la vie, il faut être honnête et que pour cela, il fallait dire ce que je pensais… J’ai mis de l’eau dans mon vin depuis mais, au moins quand j’ai débuté l’impro, une part du boulot était faite.
Car aux débutant-e-s en  impro, on apprend que la première idée est la bonne, quelle qu’elle soit. Car à leur niveau, le fonctionnement, c’est un fonctionnement très  » conscient « , linéaire. : Laisser venir une idée, la juger avant de choisir de la prendre ou de la laisser pour en passer une autre au tamis. Un fonctionnement cloisonné séquentiel qui ne cadre pas avec la fluidité recherchée en impro. Quand bien même il est possible de prendre son temps, il y a une attente du public qui pousse à alimenter en continu l’impro.
Donc  » La première idée est la bonne. « 
C’est une étape qui permet au hamster qui tourne dans sa roue de tourner de plus en plus vite.  En court-circuitant la réflexion, ça libère le flux d’idées. Car, exit la censure basée sur des critères liés à l’éducation comme le politiquement correct, la politesse ou encore la cohérence du propos.
Une autre des conséquences est, donc, que cela amène des incohérences.
Rien de grave sur une libre car, cela donne ainsi des choses à justifier. On se met soi-même en position délicate et l’impro se nourrira des péripéties qui en découleront.  » Faire d’une contrainte un moteur.  » comme disait Marc Fernandez (et sans doute d’autres avant lui mais eux, c’étaient pas mes prof :-P)
Ces incohérences sont plus handicapantes lorsqu’on recherche justement à construire un univers qui suit des règles ou à d’évoluer dans un monde pré-défini, sur une  » à la manière de…  » par exemple. En match, ça peut tout simplement se traduire par une faute de hors catégorie.
La solution, ça a été d’accélérer la venue d’informations dans ma tête mais aussi leur traitement.

Et au fur et à mesure de l’apprentissage et de la pratique, ça s’est fait…
Mais je me souviens quand même qu’il y a eu des étapes.
Après avoir débrider le flux de pensées, j’ai eu la chance de participer à une session de cours sur le silence et son importance. Ce qui m’a ouvert des moyens de me donner le temps de réfléchir. Je me suis réfugié dans l’action et le mime et j’ai cultivé les silences. J’ai commencé à en dire moins mais mieux. Cette manière d’agir m’est d’ailleurs restée : Quand j’ai besoin d’un répit, je me pose dans une action.

Ensuite, pendant un moment, c’est comme s’il y avait eu 2 systèmes qui tournaient, non plus linéairement mais en même temps. Comme s’il y avait le flux de pensées  » production d’idées pour l’impro  » et un autre, avec du recul, -en position  » méta « , dirait-on en PNL-, chapeautant un peu et opérant la sélection en tenant compte des paramètres de l’impro.
Ça a commencé à devenir pratique mais j’avais encore la tête remplie de bruits.

Au final, j’ai la sensation que les 2 font une machine unique et que ce qui vient n’est pas une pléthore d’informations mais une ou 2 déjà pré-selectionnées par la…méta-pensée..? qui serait devenu, du coup la seule restant consciente… Je dis donc bien le premier truc qui me vient consciemment. Car, bien qu’il y ait effectivement sortie d’idées, la production d’idées en masse est retournée en mode inconscient. Comme avec n’importe quel apprentissage en somme. Je sais conduire une voiture, mais, quand je le fais, je n’ai pas la sensation de le faire. Je n’ai plus aucune pensée consciente concernant les ordres donnés à mes pieds ou à mes mains. Je ne me creuse même plus la tête sur l’analyse de la situation que mes yeux me transmettent… Je le fais. Point. Et ce faisant librement, je peux me concentrer sur la spécificité de la conduite quand il y a de la neige, où là, j’ai encore besoin d’être très concentré.

J’en suis à peu près là en impro.
Je ne sais pas si cette évolution était souhaitable.
Avec un peu de recul, je la trouve plutôt facilitante mais je l’imagine aussi un brin figeante…
Parce que l’inconscient fonctionne en pilote automatique.
Est-ce souhaitable d’être en pilote automatique en impro ? Pas sûr…
Il y a un instant, je pensais que l’étape suivante était de maîtriser les catégories pour être, là aussi, sans souci. Conduire sur neige, comme sous pluie, comme la nuit, comme le jour, sans se poser de question…
Hum… !  » maîtriser les catégories « , c’est bien gentil mais, en toute simplicité, maîtriser TOUTES les catégories ça prendrait une vie. Ou plusieurs…
Et puis, il y a peut-être un intérêt à ce qu’il en soit ainsi… ça oblige à prendre en compte une certaine nouveauté, à rester dans une certaine fraîcheur et dans le risque…
A faire de l’impro quoi !
Quand une équipe au complet se connaît bien sur une catégorie qu’elle a beaucoup travaillé, c’est… bluffant, la première fois. La 2e, encore un peu. A la 3e, ça sent le réchauffé et ça a un goût de figé… Je l’ai vu sur une équipe qui faisait ses impro chantées, systématiquement de la même manière. Une personne en avant scène, chœurs au fond, rythme établi par les chœurs et refrain par le soliste. La différence tenait au fond et au genre de la chanson. C’est déjà une différence à gérer, certes. C’était pas du pilote automatique à 100%… Mais sur 4-5 spectacles que j’ai vu, il y avait une chanson, voire 2,  par spectacle et un jour j’ai pensé, alors qu’ils se mettaient en place sur scène  » ça y est, ils nous refont le coup. » J’ai admiré le truc au début. Ça m’a vraiment paru splendide. Et j’ai bien pris note. Car, c’était quelque chose de techniquement très abouti… Mais, ce n’est pas la seule manière de faire une chantée…

A quel prix dire ou faire  » le truc qui va bien  » ?
Accélérer les pensées, oui, bien sûr. Passer en pilote automatique complet : pas possible et pas souhaitable à mon avis.
Trouver un juste milieu ?

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 » C’est du théâtre ça ?  »

Posté par Benjamin le 31 mai 2009

Voici un petit post lié à la pédagogie du théâtre d’impro. Voire à la pédagogie tout cours…
J’ai commencé à donner des cours d’impro il y a quelques années à l’Impropub, très sporadiquement, et cette année, de façon régulière, plus poussée, avec des recherches théoriques. J’ai commencé avec des adultes puis j’ai eu l’opportunité de faire travailler des élèves de collège.
Et si tout s’est assez bien passé dès le départ avec les adultes, il n’en a pas été de même avec les pré-ados…
En effet, plus d’une fois, ils m’ont posé cette question :  » C’est du théâtre ça ? « 
Aargh ! A chaque fois, ça m’énervait au plus haut point. Bien sûr que c’est du théâtre ! Tout ce qu’on fait EST du théâtre. C’est un cours de théâtre !!!!

...par soi-même...
Sauf que ce qu’on faisait ne correspondait pas à l’idée de ce qu’il fallait faire pour progresser.
Vous me direz  » Logique, c’est eux les élèves et c’est toi le prof. « 
Mais en même temps, on ne contraint pas 15 élèves, qui viennent sur leur temps libre prendre des cours supplémentaires. On ne faisait pas de théâtre point.
Donc  ils ne voyaient pas en quoi ce qu’on faisait les concernait…
Et ça, ça signifiait bazar et impossibilité de se faire entendre…
Mais mon énervement était aussi, et surtout, dû à de vieilles réminiscences de mon anciens job… Je vous le donne en mille :Prof ! De Bio…  » C’est de la bio, ça ??? » Je détestais cette question parce qu’elle ça voulait dire que je n’avais pas été clair dans mes explications et que ma démarche étais à côté de la plaque… Et avouons le, les démarches pédagogiques en bio, ça m’a pris 2 ans pour arriver à ne pas y arriver sauf aux prix d’un nombre d’heures disproportionné.
Alors quand  » C’est du théâtre ça ?  » est apparu, forcément, j’ai eu un peu de mal à l’accepter… Allait-il falloir que je concocte des démarches pédagogiques pendant des heures ?
Heureusement, non.
Il a juste fallu que je change de point de vue… Et que je prenne le leur.
Je leur faisais un cours pour adulte… Echauffement général pour un quart/un tier du temps, puis exercice d’échauffement spécifique au thème du jour suivi d’impro avec contrainte imposée.
Ce qui, pour eux, fait la moitié à 2 tiers qui servent à rien, vu que  » c’est que des exercices qui veulent rien dire.  » et que donc, c’est pas du théâtre.
Les pré-ados n’ont quasiment pas de capacité d’anticipation et vivent dans le plaisir immédiat.
Grande nouvelle !
Les pré-ado sont encore des enfants !
Ainsi, ils ne viennent pas dans mon cours pour des exercices d’échauffement.
Ils viennent pour être sur scène.
Pour réussir sur scène.
Et c’est seulement, après quelques impro aux contraintes ciblées, quand ils ont compris qu’ils ont besoin des exo que je leur propose ensuite, qu’ils les font dans la concentration.
2e grande nouvelle ! Ils ont besoin que les choses aient un sens pour les faire !
Dans le genre, je ré-invente le credo de l’IUFM, je crois que j’en tiens une couche. (Ce qui m’a d’ailleurs consterné quelques instants…)
Et les adultes ? Ils peuvent faire des choses insensées ?
Personnellement, j’ai du mal.
Par contre, j’ai une vision à plus long terme et donc je suis capable de faire un exercice pour lui-même car je sais que ça me fait travailler des compétences que je remobiliserai plus tard sur une impro  » en vrai. « 
Je mets du sens là où le formateur n’en met pas forcément.
Mais j’ai besoin de sens.
Comme un élève de 12 ans.
Pendant 2 ans en bio, j’ai su et j’ai essayé d’appliquer ce que je savais.
Et il aura juste fallut 3 semaines d’impro avec eux pour réellement comprendre ce que je savais…

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