La Liasse.

L'archive des billets de l'Improvisiblog s'enrichit une fois par mois.

Archive for mai 2010

Rencontres de l’Instant : Réflexion sur les performances croisées entre impro musicale et théâtrale

Posted by Phloem sur 26 mai 2010

Il y a peu, j’ai participé aux Rencontres de l’Instant.
Je n’y avais jamais participé et c’était très flou, pour moi, ce que ça pouvait donner…
L’idée générale : « On met des gens ensembles et il-le-s font des trucs. »
Un rien léger comme description…
Et j’ai pas mal flippé, avouons-le sur ce à quoi allait ressembler ce festival…
Un peu peur du grand n’importe quoi, avec 3 jours de « toujours la même chose »
Et bien non !

Il y avait des gens de tous horizons artistiques mais la constante c’était qu’il-le-s avaient toustes un niveau de capacités improvisatoires confirmé.

Peinture, modelage, chant, instruments du monde, électriques, électroniques, danse, théâtre,…

Des groupes décidés par l’organisation à l’avance. Des gens qui font connaissance juste avant le spectacle. Une heure de scène avec un titre global à la scène : Aviskada, Les Répliquants, Plume de Licorne et Œil de Lynx, Circle Axing, Eyjafjöll, Histoire d’entendre… Voilà la recette de ces cocktails qui ont donné des ambiances, des histoires, des moments de sensation et d’émotion très varié-e-s.
Un grand plaisir et une grande découverte pour moi.

Et aussi une réflexion sur les performances croisées entre impro musicale et théatrale…

Lors de la première performance à laquelle j’ai participé aux Rencontres de l’Instant, je me suis retrouvé face à une difficulté inattendue.
Il y avait 7 personnes sur scène. Dont 4 à la musique et 2 à la danse. (Cherchez le 7e :-) )
J’ai donc fait une histoire de 45 minutes car c’était le temps qui nous était imparti.
A la fin de l’histoire, les musiciens ont continué à jouer. Pendant une demi-heure !
Tant et si bien que j’ai redonné de la voix, ne sachant plus trop ce qu’on attendait de moi… Et j’ai fait un truc, un brin décousu, avec des phrases sans énormément d’articulation entre elles. Avec beaucoup de pauses.
Or, il semble que mes partenaires musicaux aient préféré cela à la belle histoire bien construite du départ.

Ce n’est que le lendemain que j’ai compris pourquoi.

Pour les personnes avec lesquelles j’étais, la construction n’était pas une préoccupation du tout… Car la construction sur l’instant et dans la longueur, d’un ensemble cohérent mais sans avoir de canevas/motif préalable semble, en musique, très rare. En gros, se mettre à 4 musicos pour complètement improviser un morceau de musique structuré, ça semble difficile. Alors qu’improviser une histoire qui pourrait être écrite, pour des théatreux, ça me semble bien plus fréquent.

En conséquence, le musiciens avec lesquels j’étaient, mais aussi ceux que j’ai pu voir à d’autres moments ce week-end, et quand j’y repense, ceux de sessions de jazz près de chez moi, cherchent à créer une ligne globale, sur laquelle, de temps en temps, l’un d’entre eux-lles va se détacher et faire un solo impromptu ne tenant plus trop compte des autres. Cette ligne globale pouvant être improvisée (C’était le cas lors des Rencontres.) ou bien être un motif pré-écrit (C’est souvent le cas en jazz.). Et le solo se retrouve ainsi comme une perle sur le fil mélodique personnel. Fil qui se tresse avec ceux des autres, portant leur propre solo.

Et dans ce tableau du vendredi, où le théâtreux, c’est-à-dire moi, était en minorité, je pense avoir été considéré par les autres comme un musicien… Et ils s’attendaient à ce que je me  taise plus souvent… Afin de pouvoir faire leurs solos eux aussi.

Mais  moi, j’avais un autre point de vue, celui du théâtre. Et dans mon cas particulier, la construction et donc l’histoire et sa cohérence passent avant tout. Il ne s’agit pas de faire une somme de petits moments brillants, comme des jeux de mots ou des images poétiques enfilé-e-s sur un fil mais de faire une globalité. Un seul fil d’or.

Ce qui implique que, si dans les 5 premières minutes, je commence une histoire sur un rythme tel qu’elle durera 45 minutes, je ne peux pas abandonner comme ça, l’impro pendant un temps indéterminé, le temps que chacun fasse son solo…Le temps tourne et l’histoire doit avancer…pour pouvoir terminer !!! Début, milieu, Fin…

Ce sont donc 2 conceptions qui se sont rencontrées…

-Une idée où chacun va, tour à tour ajouter un élément tout en soutenant l’apport des autres quand c’est le temps, comme une tresse avec une ou 2 perles sur chaque fil.

-Et une idée ou tout le monde tend à participer à une tresse, dont un seul est ciselé d’or sur toute sa longueur.

2 conceptions juste différentes, chacune adaptée à un contexte.

Alors il a fallut partir sur des histoires bien plus courtes, coupées en morceaux de 2 à 3 minutes, toutes les 10 minutes ou encore plus ventilée et distillée, une phrase par minute ou toutes les 2 minutes. Ce que j’ai fait le dimanche et qui a été bien plus apprécié par mes partenaires de jeux, qui ont eu le sentiment de pouvoir bien plus exister.

Mais il a fallut, par ailleurs occuper ce temps de silence.

Car l’autre difficulté de cet exercice multi-disciplinaire, c’est que, en théâtre d’impro, on est formé à faire la trame narrative, les personnages, les décors les bruitages, les mimes et l’ambiance.

Que reste-t-il alors à faire lorsque des personnes en danse se chargent du mouvement, des personnes en musique se chargent potentiellement des bruitages et musiques et qu’il y a une dizaine de personnes sur une petite scène sans qu’aucune ne doivent trop attirer l’attention sur elle ?

Peu. Des émotions, de la poésie de mot, la trame narrative (qui ne doit pas être trop élaborée, voir plus haut…). Alors, j’ai dansé, posé, regardé le public intensément.
Pris mon temps en quelque sorte.
Et finalement, l’expérience fut agréable, belle, un rien hypn0tique, ouvrante. Ouvrante, beaucoup.

Rien à voir avec tout ce que j’avais fait auparavant…

Et, une fois la bonne place trouvée, ça m’a fort donné envie de recommencer…

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Mises en commun

Posted by Phloem sur 20 mai 2010

Dans la droite ligne de l’objectif  » Partage d’information » de la Ligue d’Improvisation de Haute-Savoie, voici Impro-Ticket.com.

Un site qui se propose de répertorier les troupes, les concepts de spectacles et les dates à un niveau national…

Vous n’y êtes pas encore?

Bon, moi non plus car je viens de m’y intéresser… Mais ça ne saurait tarder!!!

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Règles de l’aide, règles du service.

Posted by Phloem sur 1 mai 2010

En consultation, je raconte souvent cette anecdote-blague:
Un homme se promène dans la rue. Soudain, il aperçoit une vieille dame et un jeune homme qui se battent. Des éclats de voix arrivent jusqu’à lui.
« Mais lâchez-moi jeune homme! »  » Donnez moi ce porte monnaie, vieille bique! »
Il n’en faut pas plus pour qu’il comprenne le drame qui se joue et intervienne.
Il cours et se jette de toutes ses forces sur le gars qui secoue la vieille. Le gars tombe à terre, complètement sonné. Notre héros du jour ramasse la petite bourse, tombée lors du choc et la rend à la dame.
La petite vieille se confond en remerciement et repart pour son important rendez-vous pour le dépistage du cancer du sein.
Il appelle la police qui vient cueillir le garçon.
Et après avoir entendu celui-ci dès qu’il a repris ses esprits, les policiers arrêtent notre « héros », l’accusant de complicité avec la célèbre Vieille Détrousseuses des arrêts de bus.

Si je vous raconte cette blague c’est qu’un des gros recadrages que j’ai subi en reprenant des cours débutants peut se résumer ainsi :  « Tu n’es pas indispensable. Tu n’as pas à sauver l’impro. Et d’ailleurs qui es-tu pour dire qu’elle a besoin d’être sauvée? »

TILT! Connexion dans mon esprit égaré…Mais c’est bien sûr!
Encore une fois, un principe relationnel s’appliquait  à l’impro…

Le principe en question :  Celui qui fait que votre intervention auprès de quelqu’un sera une aide plutôt qu’un sauvetage…
Car si l’aide peut-être bienvenue et saluée, le sauvetage peut faire de vous, et bien malgré vous, un-e persécuteur-trice puis une victime… Relisez la blague… Dans le genre, et plus connu, il y a aussi Jésus Christ, qui a mal fini…

Voici donc les règles de l’aide

  • La demande d’aide doit être clairement verbalisée ;
  • Elle doit être cadrée dans le temps et dans son contenu (« Voilà ce que je peux faire pour toi…jusqu’à… »)
  • L’aidant-e ne doit jamais faire plus de 50 % du chemin et doit vérifier que la personne aidée a fait sa part
  • L’aide doit toujours avoir pour but de rendre l’autre autonome (mieux vaut lui apprendre à pêcher que lui donner du poisson).
  • Cette aide doit comporter une contrepartie afin que l’autre ne se sente pas en dette

Transposons à l’impro…
Pour cela, remplaçons le mot « Aide » par le mot « Service » et voyons ce que ça donne…

-La demande de service doit être clairement verbalisée.
Bon, on commence déjà par une partie difficile. Mais cela correspond en plein au type de service qu’on nomme « l’appel » (« Passons au salon pour patienter, ma fille va arriver d’une minute à l’autre… »). A défaut d’appel clair, utiliser un élément évoqué auparavant dans l’histoire par le-la leader, pourra adoucir le service et renforcer la cohérence en créant une connexion dans la structure de l’histoire. (Coup de téléphone d’un plombier qui avait été évoqué 2 minutes avant dans une description.) Le service « Coup de théâtre » est à l’opposé. Sauf si c’est dans le style de l’impro (Vaudeville, Séries des années 2000,…), c’est souvent peu apprécié. Le summum étant le service « Balayage » (« Bon, les dingues on se calme, c’est l’heure de la piqûre », dans une impro, un peu confuse certe, mais qui n’a rien à voir avec le monde de la psychiatrie!)
Le travail de connaissance du groupe avec lequel on improvise est important, parfois, il y des demandes de service non-verbales mais réelles. Et tout le monde n’a pas les mêmes signes extérieurs de panique/sécheresse/solitude intérieure. S’élancer sur une impro juste parce qu’on trouve qu’elle ne va pas assez vite peut venir briser un moment d’émotion…

-Le service doit être cadré dans le temps et dans le contenu.
Sont visés ici, les gens qui prennent, sans raison, 45 secondes pour apporter la nouvelle information… Ceux à qui le public, les joueurs, et même les personnages ont envie de dire « Venez en au fait » (ou plus trivialement  » Accouche!!!!!!!! ») Et puis aussi ceux qui ne sortent pas de scène ensuite…
Pour reprendre Finpoil, sachez sortir.

Pour le contenu, haro sur le cabotinage! Servir pour ne rien apporter… Merci! Au rayon des se(r)vices divers et (a)variés, remettons ici le « balayage » ou encore le service « ça vaut rien », consistant en la destruction simple de la dernière proposition.( La roue crève, soudain une fée surgit et répare la roue.)

-Le-La serveur-e ne doit jamais faire plus de 50 % du boulot (et doit vérifier que le leader a fait sa part.)
Le « ça vaut rien » en est le parfait contre-exemple.
Vouloir absolument que l’histoire prenne la tournure qu’on amène, c’est de la rudesse.
A l’inverse, le leader doit incorporer le service à son jeu, sinon, c’est un refus.
Chacun sa part, donnant-donnant… Ce paragraphe va tout particulièrement bien avec le suivant :

-Le service doit avoir pour but de rendre l’autre autonome.
Un-e serveur-e qui se rend indispensable à l’histoire… C’est un-e leader-e. Ce qui correspond au service « Vol de lead. »
Pour éviter de vous rendre indispensable, apportez du grain au moulin, pas de la farine. Évitez de prendre en charge l’autre ou de prendre trop de décisions qui vont courber l’histoire. Donc…Ne faites pas plus de la moitié du boulot et laisser au-à la leader-e la liberté de faire ce qu’il-le veut de ce que vous lui apportez…

-Ce service doit comporter une contrepartie afin que l’autre ne se sente pas en dette (et vous « bien brave »…)
Alternez les rôles. Ne vous posez pas systématiquement en leader-e ou en serveur-e. Que vous puissiez bénéficier aussi des services des autres et vice-versa. Que vous contribuiez à mettre en valeur les autres, leurs idées, leurs compétences et vice- versa. Ou alors, faites vous payer… C’est sur cela que repose le secteur tertiaire et l’économie de service… Mais  en impro, alternez les rôles est quand même la solution la plus durable. (Vous en connaissez beaucoup des groupes d’impro où on accepte que ce soit toujours les même qui incarne les héros-héroïnes ?) Faire attention à cette alternance est un des rôles du-de la coach en match d’impro. Il-le s’aide pour cela de la feuille qu’il-le rempli à chaque impro.

Utilisées au quotidien, en famille, avec les amis et les collègues, les règles régissant l’aide permettent d’éviter de tomber dans le sauvetage et sont des verrous de sauvegarde de relations saines. En impro, elles me paraissent être de bonne garantes de la qualité des services et d’un esprit de jeu généreux.
Alors désormais ma blague aura aussi sa place dans mes ateliers…

Biblio et pistes de réflexion:

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