La Liasse.

L'archive des billets de l'Improvisiblog s'enrichit une fois par mois.

Archive for the ‘Spectacle’ Category

Pour mieux-être, arrêtez d’être tout en même temps…

Posted by Phloem sur 7 septembre 2014

Lorsque l’on aborde la question du conte, je donne du texte à apprendre. Et c’est une remarque que l’on me fait à chaque fois : « Mais je croyais que c’était de l’impro! »
Au début je grommelais un peu sans plus me justifier. Maintenant cela me permet d’aborder une explication technique…
Je donne du texte à apprendre parce que c’est le meilleur moyen de travailler les compétences de conteur/conteuse.
En fait, un improvisateur est à la fois un auteur comédien qui met en scène immédiatement ses propres idées.
Cela fait 3 métiers en un.
3 vrais métiers.
Or la plupart du temps en impro, on tâche de toutes les travailler en même temps.
On utilise des astuces et des recettes supposément efficaces pour être au four et au moulin. Mais incarner un conteur demande, selon moi, un apprentissage fin, qui ne peut pas se satisfaire du fait que l’on soit focalisé sur la production cohérente du texte. Donner du texte, c’est décharger de la fonction d’auteur. Cela permet de conserver toute son énergie sur les compétences de comédien et de metteur en scène.  Je pense que cela est important pour intégrer les compétences d’acteur. (Sinon, ça ne serait pas un métier, non?) Apprendre à vivre plutôt que jouer, utiliser un sous-texte, utiliser tout son corps, donner dans l’hallucinose, cela demande des ressources qu’il faut parfois dégager pour s’entraîner séparément.
Donc un peu de texte de temps en temps, c’est utile pour mieux s’en passer plus tard.

Cette séparation des rôles est mise en exergue dans un format de spectacle qui me plait bien qui s’appelle un Battle de Metteurs en Scène. 3 ou 4 metteurs en scène disposent d’un pool de comédien-nes improvisateurs-trices qui répondent à toutes leurs demande en temps réel. Chaque metteur en scène met, en direct, en scène une impro en donnant des indications à voix haute, comme le faisait parfois Kantor. Après que tous soient passés, le départage (dont on se fiche un peu…) se fait à l’applaudimètre puis on refait un tour. Chaque metteur en scène dispose d’un total de 20 ou 30 minutes qu’il doit répartir comme il le souhaite dans chacune des 3 impros (pour 3 rounds). Les impro y sont très particulières. Elles ont une cohérence d’ensemble et défendent un vision. Dans ce format, on peut se permettre de prendre des partis impossibles autrement. Le concept est, en soi, un très bon exercice. Je l’utilise avec mes élèves les plus chevronnés. Il leur permet d’apprendre à voir la scène dans son ensemble, de comprendre l’intérêt de travailler l’impro à objectifs et bien sûr de « travailler leur metteur en scène. »

Pour finir cette séparation des rôles m’a permis de prendre un peu de recul sur cette expression que l’on utilise fréquemment « Devenez acteur de votre vie ».
Je pense maintenant que cette injonction, qui me paraissait un but assez noble, est un piège.
ça a l’air splendide et plein de potentiel mais c’est une forfaiture.
L’acteur dit le texte qu’on a écrit pour lui et le fait de la manière qu’on lui a dicté.
Si vous voulez prendre votre vie en main, il me parait judicieux de viser AUSSI les postes d’auteur et de metteur en scène.
Sinon, même si vous jouez bien, vous n’êtes qu’un pantin.
Donc devenez auteur de votre vie.
Devenez son metteur en scène.
En enfin, vous jouerez.
(3 lignes à lire et relire en écoutant une musique de fin lénifiante, genre ça. C’est bien ça puis aller conquérir le Monde, mais mettre des moufles d’abord car il fait un peu froid dehors.)

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De l’intérêt de colorer…

Posted by Phloem sur 16 août 2011

Pour commencer cet article, je vais reprendre le début d’un autre, plus ancien, qui traitait de structure du récit.

« Dans exercice appelé « Avance! Colore! », donné par Christophe Tournier et repris de Keith Johnston, une personne conte une histoire selon les indications d’une seconde. Cette seconde a le choix entre « Avance! » et « Colore! » puis dans un second temps « Rappelle! ». « Avance! » et « Rappelle! » enjoignent respectivement à avancer dans l’histoire, dérouler son fil et à réintroduire dans le fil de l’histoire un élément déjà cité auparavant. Johnston utilise les termes « Connect » et « Re-incorporate », que je trouve moins ludiques mais plus signifiants… Colorer par contre, c’est décrire et donner des détails sur la situation en même temps que ça ouvre des pistes. C’est très  » visuel  » comme référence, colorer…On pourrait aussi dire  » Texture ! « ,  » Épaissis ! »,  » Matérialise ! « …
Ces 3 choix, avancer, colorer, ré-incorporer, me semblent les outils de base de la construction d’une histoire. Les leviers à utiliser pour modeler l’histoire. »

Ce billet de blog de Martin Vidberg, BDiste de plus en plus de renom illustre bien l’intérêt de la coloration. Pour économiser de la place et faire en sorte que son histoire tienne en 3 planches, il fait des ellipses en passant sous silence les phases de « coloration ». Et coïncidence étonnante, les planches ne sont pas colorées non plus Noir et blanc strict! Constat :  C’est effectivement drôle. Ne faire que avancer paraît très artificiel et donne donc à sourire car « l’épopée » parait un brin facile. (J’ai un petit faible pour  « J’ai entendu ta plainte jeune aventurier, je vais te former, j’ai été moi-même chevalier de l’ordre blanc. Prend cette épéé. Ainsi s’achève ta formation. » Une phrase  apportant une info constructive par proposition! ça c’est de l’efficacité!)

Cela donne des corollaires :

  • Une manière d’être drôle peut être de ne faire que avancer. C’est d’ailleurs un des ressorts du comique dans la catégorie « Peau de chagrin »/ »Dégressive ».
  • Si vous voulez tenir dans la durée, la coloration est indispensable. Si vous ne faites que avancer, en 3 planches vous avez éclusé un sujet qui pourrait tenir en 30.
  • Et conclusion plus particulière à ce cas précis, sans coloration, de nombreuses histoires « Contes et légendes » semblent des clichés sur patte…

En impro, on parle peu de la coloration, je trouve et, souvent, de « l’avancée »… Construire est une préoccupation largement répandue. Peut-être parce que cela a été très théorisé… Peut-être aussi parce que cela ne vient pas tout seul au début… Autant on peut faire des personnages très typés avec peu d’expérience, autant mener une histoire avec un début, un milieu et une fin cohérentes demande un peu de bouteille.
Et c’est peut-être aussi le piège de la coloration… Ce n’est pas parce que les bases arrivent vite que ça ne demande pas de boulot…

Mais bizarrement, pour la construction, comme pour la coloration, le boulot est le même : Il s’agit d’apprendre à canaliser son flux d’inspiration pour lui donner une cohérence.

Ce qui implique soit, en premier de créer le flux (Travail de la spontanéité), de l’épaissir et d’y faire des choix (Travail de la culture). La version créative de l’apprentissage. Celle de l’impro théatrale bien souvent.
Soit de commencer par faire lentement des choses cohérentes pour automatiser ensuite.  La version réfléchie de l’apprentissage. Celle que je pratique en impro au piano.
La version réfléchie permet de faire des choses léchées. La version créative permet de faire des choses nouvelles.

Il y a sans doute un équilibre à trouver entre les 2.

C’est pour ça que je préconise, de temps en temps, des exercices où un comedien peut « figer » le temps pour prendre le temps de sculpter son intervention à venir, son personnage ou sa phrase… Car l’exercice n’est pas le spectacle, et on peut y prendre son temps.

Voici, dans cette idée, une proposition d’exercice. Faites moi part de vos commentaires à son sujet.

Il s’agit de séparer les rôles de comédien-auteur-metteur en scène habituellement tous tenus par tous les improvisateurs en même temps.
Les comédiens y sont remis à leur seul place de comédiens. Ils jouent ce qu’on leur propose de jouer. A l’instant où ils considèrent qu’ils ont atteint la fin des d’indications, ils se figent. Pour eux, c’est acceptation-jeu d’acteur-cohérence-écoute.
Lorsque les comédiens s’arrêtent, l’auteur, sur le banc explique l’avancée suivante, de manière très généraliste. (« Tu rentres chez toi et trouves ta maison vide. ») Pour lui, c’est construction donc.
Le metteur en scène précise la coloration (Sur le chemin du retour, tu est très joyeux dans la voiture,  mais tu ne dis rien et tu nous laisse le temps de profiter de ton état, tu conduis de manière réaliste, avec des stop, des carrefours, des choix de direction. Tu ne soupçonnes rien. Ta maison est une maison de banlieue, un pavillon comme tous ceux de tes voisins. Et en faite, ta maison est vide dans le sens où tes enfants ne sont pas là alors qu’il devraient. Tu les cherches. La peur monte doucement.) Pour lui c’est coloration, spécificité et cohérence.
Les comédiens jouent la proposition et finissent de rajouter des détails, dans l’espace mince qu’il leur reste, en respectant l’ambiance qui semble avoir été voulu par les 2 directeurs. Ils ne cherchent pas à être originaux ou surprendre, mais plutôt à se mettre sur la ligne qu’on leur a proposé et aller dans ce sens. Jusqu’à ce qu’ils se figent de nouveau.
Prendre son temps au départ puis accélérer un peu après quand le fonctionnement de l’exercice est intégré.
Et bien sûr, s’exercer à tout.
Comme d’habitude

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Mummenschantz, le jeu du masque, poussé au loin…

Posted by Phloem sur 8 mai 2011

Mummenschantz est un groupe qui, depuis 1972 fait du théâtre-objet. C’est un peu réducteur de dire ça…

En fait, il s’agit, initialement de 3 personnes qui voulaient tout simplement créer une nouvelle forme de théâtre, qui dépasserait les limites des cultures.
Leurs spectacles sont donc très visuels. Ils font appels à de nombreux personnages que l’on pourrait semble-t-il regrouper dans 3 catégories.

  • Les masques changeant (ci-dessous)

  • Les masque intégraux ou semi-intégraux.
  • Les têtes sculptées.

Il y a 7 troupes Mummenschantz de 3 personnes qui circulent en permanence dans le monde… Ce qui fait qu’ils donnent parfois l’impression d’être partout en même temps…

Et une chose me parait certaine, ce sont des maîtres du jeu masqué, il y a beaucoup de choses à modéliser de leur jeu…

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Te regarder, c’est me voir…

Posted by Phloem sur 17 avril 2011

Marc Fernandes, un de mes premiers formateurs en impro, m’a un jour dit « Une faute ça se commet à 2. »
J’ai depuis extrapolé cette phrase à la thérapie et je l’ai toujours en tête lorsque j’arbitre.
Mais aujourd’hui, je vais faire un message en revenant au fondamental en m’adressant au joueur. Le ton sera un peu professoral mais tant pis.

Une faute se commet à deux.
Cela signifie qu’une faute en improvisation est le fait de plusieurs personnes.
Cela semble évident pour les retards de jeux ou les confusions généralisées pendant une impro mais c’est aussi le cas quelques autres qui semblent plus personnalisées de prime abord..

J’ai eu l’illustration de cela, récemment lorsque 2 équipes au cours d’un match se sont trouvées mutuellement rudes…

(Rude, pour les personnes qui ne sauraient pas encore (les chanceuses!), c’est un comportement où on a tendance à imposer ses idées. Cela peut se traduire de bien des façons : Définir le personnage de l’autre avant qu’il ait eu le temps de le faire, refuser des propositions, donner des ordres à l’autre.)

En discutant avec avec un des joueurs, je l’ai ainsi entendu dire « Il ne m’a même pas laissé le temps de dire qu’on était dans un cabaret et il m’a carrément imposé son supermarché! » Ce à quoi, je peux répondre « Ah…Oui…Tu aurais préféré que ce soit lui qui abandonne son idée de supermarché..? »

Ainsi la rudesse, n’est elle pas ressentie du fait d’un manque de flexibilité ou de générosité…?
Le manque d’écoute n’est il pas un le reflet d’un manque d’incisivité, d’un abandon d’idée ou encore d’un manque de clarté ou de précision?
Une intervention n’a-t-elle l’opportunité d’être un cabotinage que si l’information qu’elle apporte n’est pas intégrée?

De cette dualité qui définit, en creux, d’autres carences, j’ai déduis une chose simple : Ma perception du jeu de mon partenaire m’informe sur ma propre philosophie de jeu, voire mon propre jeu.

Si vous ressentez que l’autre a un comportement de jeu gênant, cherchez-en la cause dans votre propre fonctionnement. Vous y trouverez une pistes d’amélioration.

Comme disait l’épouse de Guillaume Tell, « L’archer est un modèle pour le sage : Quand il a manqué le centre de la cible, il en cherche la cause en à lui-même »

Et toc!

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Le statut du Conteur.

Posted by Phloem sur 5 janvier 2011

Comme vous le constatez, je publie peu ces temps…C’est juste que j’ai beaucoup de travail par ailleurs… Et quelque chose me dit qu’avec la saison des spectacles qui s’annonce, je ne vais pas aller vers plus de publication… J’essaierai néanmoins…

Voici un sujet que je fais remonter, spécialement pour le gens de l’Impropub de Grenoble pour qui je vais aller assurer un cycle de stages sur le conteur et le conte !

J’ai été sensibilisé au conte et à la fonction de conteur lors du passage de Atavi-G Amadegnato à Grenoble, en 2004. Mr Amadegnato est togolais. Ce qui me fait penser que j’ai une conception africaine du conteur.
Mais j’ai aussi l’impression qu’il y des choses transversales qu’on retrouve chez beaucoup de conteurs et conteuses. Voici un condensé de ces choses. C’est une vision parmi d’autres… Je pense que c’est à chacun de bâtir son propre personnage en adéquation avec son sentiment, pour sonner au plus juste…

  • Cell-ui qui conte règne sur le temps et l’espace qui lui est confié.

Statut de personnage légèrement dominant. Présence, aisance, maîtrise.
Sa voix est posée, ventrale.
Il-le est ancré au sol. Ses bras sont toniques, pas en force mais en puissance contenue.
Son regard est intense, dirigé. Il-le vise les regards des autres
La scène est son espace.Il-le s’y installe de manière à voir tout le monde. Et le public est entre ses mains…

  • Cell-ui qui conte a une connaissance certaine (ou sait mentir très bien !)

C’est sa connaissance qui lui autorise d’être dominant-e. Il-le Sait.
S’il ment, tout ce qu’il dit « est vrai ».
Tout ce qu’il fait ou dit, il l’a déjà vu ou entendu.
Tout ce qu’il-le dit est ce qui devait être dit.

  • Cel-lui qui conte recycle.

Il-le sait sait s’imprégner de la culture locale.
Il-le utilise les ritournelles, les jeux d’enfants du passé, les remet à son goût, au goût de l’histoire et les intègre.
De cette manière, il-le se sert de ces éléments autant qu’il les fait réapparaître mais aussi les fait évoluer.

  • Cel-lui qui conte ambiance ses histoires.

Il-le utilise son corps pour produire les sons, les musiques qu’il lui faut.
Il-le peut adopter des personnages en prenant tous les traits.
Il-le alterne entre son propre personnage et ceux de l’histoire.
Les gestes, peu nombreux mais signifiants et précis précèdent la parole.

  • Cel-lui qui conte transmet.

Il-le maîtrise son débit de parole.
Le rythme de ses paroles est celui de l’histoire.
Il-le fait très souvent silence.
Les virgules sont des points et les points sont des respirations.

Des mots, des images, du sensationnel ; Des changements de rythmes, de personnages ; De l’émotionnel ; Utilisation d’étaies d’éléments connus ; Statut dominant…  Du coup, ce n’est pas sans rappeler des notions de PNL et de communication ericksonienne tout ça, non ? (D’ailleurs -petite mise à jour-, je commence à donner des stages d’impro pour les thérapeutes ericksonien-nes… Impro for hypnotizers que ça s’appelle…)
Le conte ayant longtemps été un outil de transmission et d’éducation, pas étonnant qu’au cours du temps, les ressorts permettant une communication plus efficace aient été trouvés…
Et pas étonnant non plus que « le storytelling » aient été repris à leur compte par les politiciens.

Biblio et pistes de réflexion:

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Rencontres de l’Instant : Réflexion sur les performances croisées entre impro musicale et théâtrale

Posted by Phloem sur 26 mai 2010

Il y a peu, j’ai participé aux Rencontres de l’Instant.
Je n’y avais jamais participé et c’était très flou, pour moi, ce que ça pouvait donner…
L’idée générale : « On met des gens ensembles et il-le-s font des trucs. »
Un rien léger comme description…
Et j’ai pas mal flippé, avouons-le sur ce à quoi allait ressembler ce festival…
Un peu peur du grand n’importe quoi, avec 3 jours de « toujours la même chose »
Et bien non !

Il y avait des gens de tous horizons artistiques mais la constante c’était qu’il-le-s avaient toustes un niveau de capacités improvisatoires confirmé.

Peinture, modelage, chant, instruments du monde, électriques, électroniques, danse, théâtre,…

Des groupes décidés par l’organisation à l’avance. Des gens qui font connaissance juste avant le spectacle. Une heure de scène avec un titre global à la scène : Aviskada, Les Répliquants, Plume de Licorne et Œil de Lynx, Circle Axing, Eyjafjöll, Histoire d’entendre… Voilà la recette de ces cocktails qui ont donné des ambiances, des histoires, des moments de sensation et d’émotion très varié-e-s.
Un grand plaisir et une grande découverte pour moi.

Et aussi une réflexion sur les performances croisées entre impro musicale et théatrale…

Lors de la première performance à laquelle j’ai participé aux Rencontres de l’Instant, je me suis retrouvé face à une difficulté inattendue.
Il y avait 7 personnes sur scène. Dont 4 à la musique et 2 à la danse. (Cherchez le 7e :-) )
J’ai donc fait une histoire de 45 minutes car c’était le temps qui nous était imparti.
A la fin de l’histoire, les musiciens ont continué à jouer. Pendant une demi-heure !
Tant et si bien que j’ai redonné de la voix, ne sachant plus trop ce qu’on attendait de moi… Et j’ai fait un truc, un brin décousu, avec des phrases sans énormément d’articulation entre elles. Avec beaucoup de pauses.
Or, il semble que mes partenaires musicaux aient préféré cela à la belle histoire bien construite du départ.

Ce n’est que le lendemain que j’ai compris pourquoi.

Pour les personnes avec lesquelles j’étais, la construction n’était pas une préoccupation du tout… Car la construction sur l’instant et dans la longueur, d’un ensemble cohérent mais sans avoir de canevas/motif préalable semble, en musique, très rare. En gros, se mettre à 4 musicos pour complètement improviser un morceau de musique structuré, ça semble difficile. Alors qu’improviser une histoire qui pourrait être écrite, pour des théatreux, ça me semble bien plus fréquent.

En conséquence, le musiciens avec lesquels j’étaient, mais aussi ceux que j’ai pu voir à d’autres moments ce week-end, et quand j’y repense, ceux de sessions de jazz près de chez moi, cherchent à créer une ligne globale, sur laquelle, de temps en temps, l’un d’entre eux-lles va se détacher et faire un solo impromptu ne tenant plus trop compte des autres. Cette ligne globale pouvant être improvisée (C’était le cas lors des Rencontres.) ou bien être un motif pré-écrit (C’est souvent le cas en jazz.). Et le solo se retrouve ainsi comme une perle sur le fil mélodique personnel. Fil qui se tresse avec ceux des autres, portant leur propre solo.

Et dans ce tableau du vendredi, où le théâtreux, c’est-à-dire moi, était en minorité, je pense avoir été considéré par les autres comme un musicien… Et ils s’attendaient à ce que je me  taise plus souvent… Afin de pouvoir faire leurs solos eux aussi.

Mais  moi, j’avais un autre point de vue, celui du théâtre. Et dans mon cas particulier, la construction et donc l’histoire et sa cohérence passent avant tout. Il ne s’agit pas de faire une somme de petits moments brillants, comme des jeux de mots ou des images poétiques enfilé-e-s sur un fil mais de faire une globalité. Un seul fil d’or.

Ce qui implique que, si dans les 5 premières minutes, je commence une histoire sur un rythme tel qu’elle durera 45 minutes, je ne peux pas abandonner comme ça, l’impro pendant un temps indéterminé, le temps que chacun fasse son solo…Le temps tourne et l’histoire doit avancer…pour pouvoir terminer !!! Début, milieu, Fin…

Ce sont donc 2 conceptions qui se sont rencontrées…

-Une idée où chacun va, tour à tour ajouter un élément tout en soutenant l’apport des autres quand c’est le temps, comme une tresse avec une ou 2 perles sur chaque fil.

-Et une idée ou tout le monde tend à participer à une tresse, dont un seul est ciselé d’or sur toute sa longueur.

2 conceptions juste différentes, chacune adaptée à un contexte.

Alors il a fallut partir sur des histoires bien plus courtes, coupées en morceaux de 2 à 3 minutes, toutes les 10 minutes ou encore plus ventilée et distillée, une phrase par minute ou toutes les 2 minutes. Ce que j’ai fait le dimanche et qui a été bien plus apprécié par mes partenaires de jeux, qui ont eu le sentiment de pouvoir bien plus exister.

Mais il a fallut, par ailleurs occuper ce temps de silence.

Car l’autre difficulté de cet exercice multi-disciplinaire, c’est que, en théâtre d’impro, on est formé à faire la trame narrative, les personnages, les décors les bruitages, les mimes et l’ambiance.

Que reste-t-il alors à faire lorsque des personnes en danse se chargent du mouvement, des personnes en musique se chargent potentiellement des bruitages et musiques et qu’il y a une dizaine de personnes sur une petite scène sans qu’aucune ne doivent trop attirer l’attention sur elle ?

Peu. Des émotions, de la poésie de mot, la trame narrative (qui ne doit pas être trop élaborée, voir plus haut…). Alors, j’ai dansé, posé, regardé le public intensément.
Pris mon temps en quelque sorte.
Et finalement, l’expérience fut agréable, belle, un rien hypn0tique, ouvrante. Ouvrante, beaucoup.

Rien à voir avec tout ce que j’avais fait auparavant…

Et, une fois la bonne place trouvée, ça m’a fort donné envie de recommencer…

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Mises en commun

Posted by Phloem sur 20 mai 2010

Dans la droite ligne de l’objectif  » Partage d’information » de la Ligue d’Improvisation de Haute-Savoie, voici Impro-Ticket.com.

Un site qui se propose de répertorier les troupes, les concepts de spectacles et les dates à un niveau national…

Vous n’y êtes pas encore?

Bon, moi non plus car je viens de m’y intéresser… Mais ça ne saurait tarder!!!

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Structuration de récits…

Posted by Phloem sur 1 avril 2010

Dans exercice appelé « Avance! Colore! », donné par Christophe Tournier et repris de Keith Johnston, une personne conte une histoire selon les indications d’une seconde. Cette seconde a le choix entre « Avance! » et « Colore! » puis dans un second temps « Rappelle! ». « Avance! » et « Rappelle! » enjoignent respectivement à avancer dans l’histoire, dérouler son fil et à réintroduire dans le fil de l’histoire un élément déjà cité auparavant. Johnston utilise les termes « Connect » et « Re-incorporate », que je trouve moins ludiques mais plus signifiants… Colorer par contre, c’est décrire et donner des détails sur la situation en même temps que ça ouvre des pistes. C’est très  » visuel  » comme référence, colorer…On pourrait aussi dire  » Texture ! « ,  » Épaissis ! »,  » Matérialise ! « …
Ces 3 choix, avancer, colorer, ré-incorporer, me semblent les outils de base de la construction d’une histoire. Les leviers à utiliser pour modeler l’histoire.

Le niveau d’organisation du dessus me parait être la structure du récit. La structure, pour moi, c’est la manière dont on agence les 3 leviers.
Des structures, il y en a pas mal…

La plus courante est la structure linéaire. On avance, on colore, on avance, on colore, on réincorpore de temps en temps mais le récit suit globalement un seul chemin principal qui toujours va de l’avant. L’exemple type sont les séries télé d’avant 2000. C’est flagrant dans une série policière où l’épisode avance au rythme de l’avancée (!) dans l’enquête.

Lorsque, suivant une structure de base linéaire, l’histoire termine sur son propre point de départ, la structure est circulaire. Le cas est visible dans une série comme « Sliders, les mondes parallèles » ou « Code Quantum » où les personnages principaux arrivent dans un nouveau monde à apprivoiser, avec une mission à accomplir et le quitte pour se retrouver dans un autre à la fin de chaque épisode. Et tout est à refaire. Dans ces séries, le bouclage est grossier mais a le mérite d’être illustratif. Dans le film « L’Effet Papillon« , le héros peut modifier des éléments du passé pour modifier le présent (avec des différence d’avancée et de coloration, c’est tout l’argument du film…). La structure globale du film est plutôt en marguerite ou en framboise. C’est surtout le cas des séries ci-dessus si on les regarde dans leur ensemble plutôt que épisode par épisode.

La vrai boucle est assez rare car souvent, le personnage évolue entre le début et la fin. Par exemple Candide revient chez lui, mais avec plus d’expérience. La boucle est devenue un début de spirale en ouverture. Dans certaines nouvelles de Tchekhov, la spirale est en fermeture, le personnage se retrouvant au final dans la même situation qu’au départ mais en pire (Vivant dans l’ennui, vieux ET pauvre.)

Enfin, mais pas des moindre, la cathédrale. Plusieurs lignes de récits, initialement séparées deviennent peu à peu connectées puis même rassemblées. Tous les romans de Bernard Werber que j’ai lu sont construits sur ce schéma. C’en est sans doute le précurseur. Et, en tout cas, il a poussé cela très loin.  Lignes narratives issues d’univers différents, ligne purement descriptive, avec globalement un nombre de lignes qui tient parfois sur 2 mains et des cathédrales imbriquées! Pour continuer dans les séries, la saison 1 de « Heroes » est en un très bon exemple. (Attention, le lien vers wikipedia peut déflorer des choses importantes de la série…) La série a été tournée par plusieurs équipes en parallèle qui ne se sont presque jamais rencontrées. Et ce n’est qu’au dernier épisode qu’on saisit le rôle de chacun. Cette série est d’ailleurs assez incroyable de richesse en structures quand on l’observe dans son ensemble ainsi que épisode par épisode. Cela est notamment dû aux spécificités des personnages (Personnalité multiples, voyageant dans le temps et l’espace entre autres, vision du futur…). Mais en ce qui concerne la cathédrale, le grand architecte, c’est Werber (OK, elle était facile…).

Le contraire de la cathédrale, l’arbre, un seul début pour plusieurs fins possibles, est une structure que l’on retrouve dans les « livres dont vous êtes le héros. ». Bien que souvent, là-dessous se cache une structure linéaire : Soit vos choix amènent votre personnage à la fin que l’auteur a décidé pour vous, soit votre personnage meurt. Ce n’est pas toujours aussi frustrant mais le nombre de fins, au regard du nombre de choix effectués au cours de la lecture, est assez réduit… Certains jeux vidéo de stratégie peuvent, je pense, concourir dans cette catégorie. Et puis, il y a les fins alternatives proposées en bonus de film en DVD. ( « L’Effet Papillon« …)

En impro, la structure peut-être décidée en caucus, lors d’impro de type comparé. Elles sont toutes jouables mais attention cependant au différences de code qu’amènent les structures cathédrales et arbres… Vos compétences d’auto-mise en scène doivent aussi être mobilisées là dessus…

Bibliographie et bases théoriques :

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Coopération et compétition.

Posted by Phloem sur 8 novembre 2009

La popularité de l’impro au cours des 30 dernières années s’est construite grâce à des formes de spectacles telles que TheatreSport, ComedySportz, Match d’impro. Or ces formats ont quelque chose qui présente, à mon sens, une grosse difficulté : Ils sont extérieurement compétitifs.

Selon François Paul-Cavallier, dans un jeu compétitif :

  • Les règles sont immuables, elles doivent être respectées scrupuleusement.
  • L’adversaire est un autre joueur.
  • Les joueurs s’opposent.
  • Le perdant est vaincu. Et les joueurs éliminés s’ennuient.
  • Il y a absence de communication entre adversaires et donc, méfiance.
  • Les maîtres mots sont rivalité et concurrence.

Voilà bien des caractéristiques de ce que l’on vend quand on prononce le mot  » Match  » et dans une autre mesure  » Sport « . C’est ce que s’attend à voir le public et ce que les comédiens doivent s’efforcer de jouer. Mais c’est bien un jeu théatral. C’est un décorum, du carton pâte. C’est du spectacle et ça n’a rien à voir avec ce qui en constitue la fibre de cœur.

Car l’impro en elle-même répond aux critères d’un jeu  coopératif :

  • Une fois le cadre donné, les moyens de gagner doivent être inventés, dans la créativité individuelle et de groupe.
  •  » L’adversaire  » est un élément extérieur au groupe (Objectif : Faire une bonne impro. On se démène pour la Qualité.)
  • Le but est commun et le résultat ( » gain  » ou  » perte « ) est partagé.
  • Le jeu prend fin pour tout le monde en même temps.
  • Il y a une communication intense entre joueurs-euses et une confiance partagée.
  • Les maîtres mots sont entraide et association. 1+1 =3

Là où il y a un problème c’est quand le décorum vient contaminer l’impro. C’est souvent le cas chez les joueurs-euses débutant-es (mais pas seulement…). On s’en rend compte lorsqu’il-les utilisent des expressions comme  » On va jouer contre… » ou qu’il-les sont réellement déçu-es  hors scène  » d’avoir perdu  » ou le contraire.
Une impro en mode compétitif, ça donne du racolage, des rudesses, des cabotinages, des marquages à la culotte, du  » Non  » ou du  » Oui mais « , et j’en passe. Bref, beurk, beurk, beurk… ça se sent tout particulièrement en Match d’impro, car s’il est bien un endroit où l’opposition et méfiance  peuvent faire des ravages, c’est bien en mixte…
D’où l’indispensable travail de l’échauffement avant un match quand ce concept de coopération n’est pas intégré par tous-tes les participant-es. Car, pour avoir été dans les 2 cas plus d’un fois, une équipe en mode coopératif rencontrant une équipe en mode compétitif, ça donne souvent le même résultat. La coopérative se fait bouffer par l’autre et tire amertume et rancune du sentiment d’avoir été utilisée-jetée…
Je trouve que cette différence d’approche est relativement difficile à gérer.
L’échauffement permet au minimum de comprendre sur quelle longueur d’onde se mettre pour éviter les pots cassés et, idéalement, de construire une confiance et une bienveillance qui exclura l’envie de tirer la couverture à soi. Et dans le doute, j’ai toujours considéré qu’il y en avait besoin. Mais il se trouve que les équipes qui vont rentrer en compétition sont aussi celles qui – est-ce étonnant ? –  sont les moins enclines à faire un échauffement correct…

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Le décrochage…

Posted by Phloem sur 21 juin 2009

Il y a peu, le décrochage me paraissait propre au théâtre d’impro mais maintenant, j’aurais tendance à élargir à toutes les situations dans lesquelles on endosse un personnage tout en gérant la situation d’une manière spontanée. Mes plus mémorables décrochages ont, sans doute, eu lieu lors de ma courte carrière de prof de bio, en fait… Et les décrochages des journalistes font les choux gras des bêtisiers. Quant à ceux des médecins, ils peuvent s’avérer très gênants pour eux…Donc dans le fond, il n’y a pas que les comédien-nes conventionnel-les qui peuvent décrocher.
Décrocher, c’est porter sur son personnage ou sur la situation le regard qu’on aurait soi-même. En fait, ça ressemble fort à une dissociation. L’espace d’un instant, au lieu d’avoir en tête les préoccupations et les réactions du personnage, on se transporte à l’extérieur de tout ça et on y jette un œil différent. Et boum : Recadrage !
Et on rigole. 
Alors des solutions, il n’y en a pas 36 : Se remettre dedans. Comme quand on émerge après un moment de relaxation. Se recentrer sur son corps et sur les évènements extérieurs. D’ailleurs, n’utilise-t-on pas, parfois le terme de décentrage/décentralisation pour parler de la dissociation?
Dans mon cas, je me centre sur mon visage/masque et tache de le figer. Je ferme ma bouche, je colle la langue au palais et je fais tout ce que je peux pour ré-imaginer le décor autour de moi

Le mieux c’est sans doute encore d’éviter d’être en passe de décrocher et donc éviter de se retrouver en situation de vivre ce recadrage par rapport à soi-même.
En clair, je pense qu’il y a un travail nécessaire d’indignité à faire. Travailler, volontairement ou non, sur l’image qu’on a de soi-même. Se rendre compte qu’on est capable de  » faire une chose pareille ! « . ça touche au développement personnel et c’est peut-être le truc le plus facile…

Ensuite, il y a à saisir, voir, entendre le fait que, l’agissant dans l’histoire c’est le personnage et pas le-la comédien-ne. Qu’on se glisse dans un costume et qu’il peut faire beaucoup de choses sans que ça porte atteinte à cel-lui qui est en dessous. Avez-vous remarqué comme les gens changent d’un coup de comportement quand ils mettent puis enlève un nez de clown ? Comme si le nez renfermait un pouvoir magique qui transforme celui qui le met…Le nez, c’est…euh…super personniphore (Oui…Comme je suis inculte, j’invente des mots quand je connais pas celui qui veut dire ce que je veut dire.). ça amène un personnage tout autour du-de la comédien-ne et ça l’habille. Mais sans aller chercher dans les nez de clown, dans la vie de tout les jours,  » Elegance is an attitude  » mais c’est étrangement plus facile d’avoir une attitude élégante quand on est en smoking ou en robe de soirée…
Et bien, il faudrait arriver à ça, mais sans le nez de clown ou la robe de soirée.

Et pourtant…Arrivé à ce point…Je me dis…Pourquoi  » il faudrait  » ? Pourquoi vouloir éradiquer les décrochages ?
OK, quelqu’un qui pouffe au point de sortir de scène, ça peut être génant. Mais si ça ne nuit pas au plaisir qu’on a à regarder la scène, quel mal y a-t-il à rire… ?
Quand je dis ça, je pense aux pro Genevois-es. Parce que, je suis persuadé de leurs compétences et de leur maîtrise et pourtant  la mythique Despriet ne le serait pas tant sans ses légendaires décrochages ! So what…?
Vouloir à tout prix éviter le décrochage, c’est sans doute passer à côté de quelque chose…
Serait-ce une question d’amusement..?
L’amusement, un des 10 piliers de l’impro définis par Christophe Tournier. Le fait de ne pas se prendre trop au sérieux (quand je parlais de travailler son indignité…) ou pour le moins de ne pas confondre sérieux et gravité.
C’est sans doute cela.
La légèreté qui transparaît, une légèreté de surface mais réelle, révélant l’humain amusé sous le vernis de la technicité, c’est à la fois très rassurant et très attachant. Et ces comédien-ne-s, je ne leur en veut pas. Au contraire, je me sens proche d’eux-lles car, bien qu’il-le-s soient d’un très haut niveau, il-le-s me paraissent accessibles.  » Si les acteurs s’amusent, alors le public adore  » dit le même monsieur Tournier.
Alors finalement…décrocher…c’est peut-être aussi très professionnel…

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