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Archive de la catégorie «Pédagogie»

Gestion de l’erreur et non compétitivité.

Posté par Benjamin le 5 juillet 2009

Erreur n’est pas faute, tous les inspecteurs de l’Education Nationale et autres didacticiens vous le diront…L’erreur est inévitable dans les apprentissages. En entraînement, elle est particulièrement bénéfique en cela qu’elle permet de réduire les chances qu’elle se reproduise en situation de spectacle.
Mais faire ces constats, n’aide pas vraiment à trouver des solutions pour arriver à la gérer…

Que faire face à quelqu’un qui loupe un exo ?
Dans un contexte de formation où la coopération doit être mise en avant, dans un esprit d’équipe et de plaisir de pratiquer, que faire ?
Comment faire en sorte que l’erreur soit prise en compte sans pour autant instaurer une compétition qui nuirait au groupe ?

Ces derniers mois, j’ai découvert différentes consigne-réactions face à l’erreur dans le cas des exercices en groupe type ” Mot lancé “, en groupe, formant un cercle.

  • La manière qui revient (trop) souvent, c’est ” Tu rates, Tu sors du cercle.”

»>La personne qui aurait le plus besoin de l’exo est la première à s’en retrouver privée et se retrouve mise à l’écart.  Issu du modèle de pédagogie transmissive, ça me parait le top de la compétition…. Faire une erreur est une faute qui entraîne une punition. Vous aurez compris que, même si c’est la première que j’ai découverte, elle ne me convient pas du tout.

  • Avoir, dès le départ, 2 (ou plus) cercles d’exercice qui ont, soit les mêmes consignes, soit des consignes différentes. Passage dans le cercle d’à côté quand on trébuche.

»>Il y a encore exclusion du groupe mais, au moins, dans l’exclusion, l’exercice continue.
En cas d’exercices différents dans les 2 cercles, il faut faire attention alors à avoir des difficultés similaires, sinon un cercle va se vider… Sinon, à vous de trouver 2 consignes sur un même type d’exercice, un cercle étant considéré comme le groupe avancé, et l’autre celui où on se prépare pour être dans l’avancé.
Par exemple faire 3 cercles : 2 Simples, 1 avec un mot lancé en association d’idée et 1 avec un mot lancé en rime. Et 1 Complexe alliant les 2 autres consignes : Mot lancé associé-rimé en même temps ou encore, chacun devant donner 2 mot d’affilé, un associé à celui du joueur précédent puis un rimé avec celui qu’on vient soit même de donner. Redescente dans un des 2 autres cercles en fonction de ce sur quoi on trébuche. On commence à entrer dans la pédagogie différenciée, non?  Ah, oui, ne pas craindre les cercles de 2 ou de 3 personnes seulement, ça fait bosser plus.

  • En cas de non réponse ou de bourde manifeste, le suivant prend le relais naturellement. On insiste sur l’idée que tout continue normalement, inutile de se flageller.

»>Quelqu’un qui a besoin de l’exercice peut se retrouver à passer son tour systématiquement. Mais cela met au centre l’idée que personne n’est infaillible et que la réussite est une réussite de groupe, qu’on peut compter sur les autres. Part du principe que ” marquer le coup ” ne sert à rien et que ce qui compte c’est que le spectacle continue. Contribue particulièrement à faire diminuer la pression  que le-la participant-e se met…
Etonnant de se rendre compte à quel point il est difficile pour certain-e de ne pas montrer de signe d’affliction après une erreur…Question d’éducation ?
NB : Mode de gestion plus facile à mettre en place lorsque l’exercice suit un rythme (dans le cas du mot lancé précisément ou dans d’autres exercices basés sur le fait de compter.)

  • Le-la meneur-neuse désigne, à sa seule et très pointilleuse appréciation, la personne qu’il-le considère comme ne répondant pas adéquatement à la consigne et lui dis  ” Tu cours ! ” Cette personne fait alors le tour du cercle en courant puis revient à sa place. L’exercice se poursuit pendant ce temps.

»>Mise à l’écart mais retour très rapide dans l’exo. Sanction qui a un poids (c’est casse-pied de tourner en rond, surtout à répétition !!!) relatif mais qui a son utilité technique (ça échauffe de courir.) Et puis, c’est aussi un jeu autour de la faillibilité du formateur car on peut être condamné-e à courir même si l’erreur est discutable. Cela permet aussi de percevoir que l’erreur est toujours discutable…Car en impro, les ” règles ” n’existent que pour qu’on puisse ensuite s’en défaire pour s’adapter à la situation… Et puis, le formateur peut aussi se faire éjecter temporairement lorsqu’il se trompe dans l’exercice, n’est ce pas merveilleux ?

La variante de Keith Johnstone et Patti Stiles, rapportée par Bulle Carrée sur Le Caucus, me parait le degré du dessus puisque le-la meneur-euse ne dis pas ” Tu cours ” mais ” Meurs ! ” et ” le-la mort-e ” prend la place du meneur dans le rôle du ” tueur “. ça me parait un cran au dessus dans l’aspect violent que peut avoir le relevé de l’erreur. Je ne suis pas sûr que ça soit utile. L’effet “  A la fin, un joueur qui se trompe en vient à crier ” Meurs! ” en même temps que le groupe ou même avant. ” se retrouve tout à fait avec ” Tu cours ! ” Et ça se passe tout autant dans la bonne humeur.

Je ne pense pas qu’il faille adopter un mode de gestion et le conserver coûte que coûte mais plutôt alterner entre ceux qui collent à votre propre style. Il y en a d’ailleurs sans doute d’autres, que je serai très curieux de découvrir (Mon mail est ouvert !). Alliés à la pratique du feedback en sandwich, ce sont pour moi des moyens de former en minimisant la frustration et en maximisant la bonne humeur.
Car je retiens que, quel que soit le mode de gestion utilisé, la bonne humeur est essentielle !!!
Let’s amuse !

Biblio et bases théoriques:
¤Bulle Carrée sur le Blog  Le Caucus : Le plaisir de se planter
¤Article Erreur de Wikipedia.
¤Astolfi, ” Chercheurs et enseignants: Repères pour enseigner aujourd’hui. ” INRP, 1999
¤Paul-Cavallier,” Jeux de coopération pour le formateur “, Eyrolles, Ed d’Organisation 2008.

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” C’est du théâtre ça ? ”

Posté par Benjamin le 31 mai 2009

Voici un petit post lié à la pédagogie du théâtre d’impro. Voire à la pédagogie tout cours…
J’ai commencé à donner des cours d’impro il y a quelques années à l’Impropub, très sporadiquement, et cette année, de façon régulière, plus poussée, avec des recherches théoriques. J’ai commencé avec des adultes puis j’ai eu l’opportunité de faire travailler des élèves de collège.
Et si tout s’est assez bien passé dès le départ avec les adultes, il n’en a pas été de même avec les pré-ados…
En effet, plus d’une fois, ils m’ont posé cette question : ” C’est du théâtre ça ? “
Aargh ! A chaque fois, ça m’énervait au plus haut point. Bien sûr que c’est du théâtre ! Tout ce qu’on fait EST du théâtre. C’est un cours de théâtre !!!!

...par soi-même...
Sauf que ce qu’on faisait ne correspondait pas à l’idée de ce qu’il fallait faire pour progresser.
Vous me direz ” Logique, c’est eux les élèves et c’est toi le prof. “
Mais en même temps, on ne contraint pas 15 élèves, qui viennent sur leur temps libre prendre des cours supplémentaires. On ne faisait pas de théâtre point.
Donc  ils ne voyaient pas en quoi ce qu’on faisait les concernait…
Et ça, ça signifiait bazar et impossibilité de se faire entendre…
Mais mon énervement était aussi, et surtout, dû à de vieilles réminiscences de mon anciens job… Je vous le donne en mille :Prof ! De Bio… ” C’est de la bio, ça ???” Je détestais cette question parce qu’elle ça voulait dire que je n’avais pas été clair dans mes explications et que ma démarche étais à côté de la plaque… Et avouons le, les démarches pédagogiques en bio, ça m’a pris 2 ans pour arriver à ne pas y arriver sauf aux prix d’un nombre d’heures disproportionné.
Alors quand ” C’est du théâtre ça ? ” est apparu, forcément, j’ai eu un peu de mal à l’accepter… Allait-il falloir que je concocte des démarches pédagogiques pendant des heures ?
Heureusement, non.
Il a juste fallu que je change de point de vue… Et que je prenne le leur.
Je leur faisais un cours pour adulte… Echauffement général pour un quart/un tier du temps, puis exercice d’échauffement spécifique au thème du jour suivi d’impro avec contrainte imposée.
Ce qui, pour eux, fait la moitié à 2 tiers qui servent à rien, vu que ” c’est que des exercices qui veulent rien dire. ” et que donc, c’est pas du théâtre.
Les pré-ados n’ont quasiment pas de capacité d’anticipation et vivent dans le plaisir immédiat.
Grande nouvelle !
Les pré-ado sont encore des enfants !
Ainsi, ils ne viennent pas dans mon cours pour des exercices d’échauffement.
Ils viennent pour être sur scène.
Pour réussir sur scène.
Et c’est seulement, après quelques impro aux contraintes ciblées, quand ils ont compris qu’ils ont besoin des exo que je leur propose ensuite, qu’ils les font dans la concentration.
2e grande nouvelle ! Ils ont besoin que les choses aient un sens pour les faire !
Dans le genre, je ré-invente le credo de l’IUFM, je crois que j’en tiens une couche. (Ce qui m’a d’ailleurs consterné quelques instants…)
Et les adultes ? Ils peuvent faire des choses insensées ?
Personnellement, j’ai du mal.
Par contre, j’ai une vision à plus long terme et donc je suis capable de faire un exercice pour lui-même car je sais que ça me fait travailler des compétences que je remobiliserai plus tard sur une impro ” en vrai. “
Je mets du sens là où le formateur n’en met pas forcément.
Mais j’ai besoin de sens.
Comme un élève de 12 ans.
Pendant 2 ans en bio, j’ai su et j’ai essayé d’appliquer ce que je savais.
Et il aura juste fallut 3 semaines d’impro avec eux pour réellement comprendre ce que je savais…

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